Aussi vrai que c’est moi qui te parle. Il faut que je te raconte ce qui s’est vraiment passé.
Ne les écoutes pas : ils vont te dire des choses, ils feront des films et émissions présentées par Amanda Lear, ils te parleront des Bee-Gees et de Saturday night fever ; mais ils oublieront que les Bee-Gees, au début, ne voulaient pas faire de disco, qu’ils n’en faisaient pas et, surtout, qu’ils ne chantaient pas avec ces voix de faussets, que c’est un producteur qui leur a dit de le faire et qui leur a coltiné ces basses, parce que leurs chansons se vendraient mieux comme ça. Ils oublieront de te parler du « Night on disco mountain » de David Shire, la seule vraie chanson incontournable – et pourtant oubliée – de la B.O. Du film. Cette chanson, laisse-moi te raconter, je l’ai sur une cassette audio sur laquelle j’avais enregistré de vieux vinyles qui étaient à la cave chez mon grand-père. Merde, ça saute tout le long, les disques étaient vieux, la platine aussi, et ça faisait prsh prsh non-stop ; n’empêche, à 16 ans, dans le bus, la ligne 11 pour aller au lycée, avec mon baladeur K7, j’écoutais ça, en hochant la tête. J’écoutais David Shire, avec les Pink Floyd, Neil Young, Depeche Mode, Caravan, les Wings, et… attends, ce mec, bon dieu, tu verrais sa gueule, je me souviens pas de son nom, mais sur la pochette du 45 tours ma tante Béa, qui avait 16 ans quand je suis né en 82, avait écrit : « Je veux le même sinon c’est pas la peine. » Qu’importe, car, quand ils diront disco, ils oublieront toujours, quoiqu’il arrive, ils oublieront Arthur Russell, Yoko Ono (oui, Yoko Ono et le solo de guitare de la chanson “Walkin’ on thin ice” dont John était top fier) ou les Was (not Was). Nous, on va rattraper ça, on va explorer les tréfonds des clubs de l’underground et tu sauras tout.
Oui, ici, c’est le lieu du grand mix : la philosophie débordera de mangas idiots, de grands classiques poussiéreux retrouverons enfin leur statut de grande blague épique, des séries entreront au panthéon de la littérature, nous danserons beaucoup, nous saurons que la pop et les synthétiseurs ont aussi trouvé refuge en Amérique du sud, on rappellera quelques poètes un peu oubliés, il y aura du copyleft en vrac, et puis un jour, on parlera de L’Âne d’or ou Les Métamorphoses, de ce cher Apulée, qui préfigurait Don Quichotte. Surtout il y aura d’arrogantes théories littéraires, et des considérations malvenues sur la société.
Au cas où tu l’as pas compris, je t’évite le CV de l’auteur, mais sache que j’ai autant le droit que toi de l’ouvrir. Et que je sais à quel point tout ça est déjà vain. C’est peut-être, en fin de compte, la meilleure raison pour le faire.
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