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	<title>gouffre au sucre</title>
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	<description>Je dois te dire qu&#039;on nous a menti sur le disco</description>
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		<title>gouffre au sucre</title>
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		<title>Gaffe patriarcat, viens prendre ta mandale !</title>
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		<pubDate>Mon, 23 Jan 2012 20:56:01 +0000</pubDate>
		<dc:creator>colvillepetipont</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Quelques universitaires connaissent peut-être le nom d&#8217;Anne Larue pour son tristement célèbre Fiction, féminisme et postmodernité : les voies subversives du roman contemporain à grand succès, paru en 2010 dans la collection de sciences humaines des Classiques Garnier. Avant d&#8217;être retiré de la vente par l&#8217;éditeur pour des raisons idéologiques. Puis, suite à une pétition [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=gouffreausucre.wordpress.com&amp;blog=22942104&amp;post=318&amp;subd=gouffreausucre&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Quelques universitaires connaissent peut-être le nom d&#8217;Anne Larue pour son tristement célèbre Fiction, féminisme et postmodernité : les voies subversives du roman contemporain à grand succès, paru en 2010 dans la collection de sciences humaines des Classiques Garnier. Avant d&#8217;être retiré de la vente par l&#8217;éditeur pour des raisons idéologiques. Puis, suite à une pétition lancée par des confrères chercheurs, remis dans les circuits.</p>
<p><a href="http://www.l-atalante.com/catalogue/la_dentelle_du_cygne/la_vestale_du_calix/48/707/anne_larue/detail.html">Son premier roman</a>, paru il y a peu chez L&#8217;Atalante, est lui de ceux qui, au premier abord, pourraient laisser perplexe. Ça part dans tous les sens et parfois l’on pourrait croire que ça ne va nulle part. Précisément le genre qui hante le libraire : comment vendre un tel bouquin au lecteur ? À la fois aventure SF, fantasy barrée, dystopie, fable ésotérique, anticipation (donc métaphore sur notre présent), ouvrage théorique féministe, et quelque peu roman pour adolescente amoureuse des chevaux.<a href="http://gouffreausucre.files.wordpress.com/2012/01/vestale.jpg"><img class="alignright size-medium wp-image-319" title="vestale" src="http://gouffreausucre.files.wordpress.com/2012/01/vestale.jpg?w=217&#038;h=300" alt="" width="217" height="300" /></a><br />
C’est pourtant ce qui fait la richesse de cette étonnante traversée et qui la rend nécessaire. Parce que oui, s’il s’agit d’un petit ovni, c’est qu’il faut le saisir au vol. On pense un peu à quelques fous tels que Douglas Addams (dont l’auteur parle souvent avec emphase), Kurt Vonnegut Jr ou Robert Sheckley. Mais dans une version féminine. Sensible et guerrière à la fois. Et incroyablement drôle.</p>
<p>Je l&#8217;ai dis un peu plus haut, nous avons affaire à un ouvrage fortement teinté de féminisme. Et clairement, le patriarcat y en prend pour son grade. C&#8217;est un peu en quelque sorte la mise en pratique des théories énoncées dans ses textes de chercheuse. On saura ceci dit que l’auteur n’avait pas le moins du monde prévu de faire un roman militant &#8211; c’est en tout cas ce qu’elle déclare. Mais c’était vouloir croire oublier un combat de toute une vie. Comme on dit : chassez le naturel, il revient au galop (expression ici presque de rigueur pour un roman où la gent chevaline est à l&#8217;honneur !).<br />
Ce qui est cependant incroyablement bien fichu, c’est que cela n’est à aucun moment servi de la façon manichéiste dont le font les intégristes prêcheurs. Tout reste subtil et, plutôt que placardé en grand, glissé avec justesse dans les péripéties. Surtout, tous les élans vengeurs et jouissifs (où un personnage féminin s&#8217;en prend soudainement avec violence au méchant mâle) sont systématiquement contrebalancés par de lourds remords, et soulèvent la plupart du temps des questions plus qu&#8217;autre chose. Soulignant bien la complexité des relations humaines. Que ce soit au Moyen-Âge, de nos jours, ou dans le futur.</p>
<p>Drôle de bouquin, donc, où il est question de Moyen-Âge (attention, celui-ci n’est pas toujours situé à l’époque qu’on croit) et de centre de recherche médiéviste, de Trimslop (une version futuriste de notre football), d’équitation et de chevaux volants ou éventuellement dorés à la feuille d’or, de voyages dans le temps, de viol, de sexualité et de genre, d’alimentation et survie en milieux hostile (si l’on réussit, on obtient son diplôme de camping) ou de voyage dans le temps&#8230;<br />
Il ne s’agit pas ici, comme on s’y attend dans un récit de fantasy classique d’une quête à proprement parler. Bien qu’il y en ait une. Il ne s’agit pas de combats. Bien qu’il y ait un peu de castagne et pas mal de morts. Il ne s’agit pas d’un complot international. Bien que l’on complote dans les couloirs. Il ne s’agit pas de contrées oubliées et mystérieuses. Bien que Paris ne s’y ressemble plus tant. Il ne s’agit pas de grande gloire ni d’héroïsme victorieux. Bien que (non je ne révèle pas grand-chose) les héroïnes gagnent à la fin.<br />
Le plus incroyable c’est qu’arrivé au bout de l’aventure, après avoir été trimballés d’un bout à l’autre du temps et dans de nombreuses intrigues parallèles ou sous-jacentes, surgit la fin (je vous répète que je n&#8217;en ai rien révélé), totalement inattendue, presque saugrenue, mais qui soudain résout tout et donne un sens au roman en entier.</p>
<p>Si l’on ne peut, pour les raisons susdites, prédire un grand succès commercial à cet étonnant livre, gageons qu’il trouve au moins quelques lecteurs acharnés (et donc ardents défenseurs) qui sauront lui reconnaître sa saveur toute particulière. Ainsi, l’auteur pourra-t-elle à terme – ainsi qu’elle l’a prévu, ne me demandez pas pourquoi – arriver au 17ème tome des mésaventures de sa vestale. De ce qu&#8217;on en sait, le manuscrit du deuxième tome est entre les mains de l&#8217;éditeur. Affaire à suivre, donc.</p>
<br />  <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/gouffreausucre.wordpress.com/318/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/gouffreausucre.wordpress.com/318/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/gouffreausucre.wordpress.com/318/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/gouffreausucre.wordpress.com/318/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/gouffreausucre.wordpress.com/318/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/gouffreausucre.wordpress.com/318/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/gouffreausucre.wordpress.com/318/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/gouffreausucre.wordpress.com/318/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/gouffreausucre.wordpress.com/318/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/gouffreausucre.wordpress.com/318/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/gouffreausucre.wordpress.com/318/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/gouffreausucre.wordpress.com/318/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/gouffreausucre.wordpress.com/318/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/gouffreausucre.wordpress.com/318/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=gouffreausucre.wordpress.com&amp;blog=22942104&amp;post=318&amp;subd=gouffreausucre&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<title>La revanche propagandiste de la comédie romantique</title>
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		<pubDate>Mon, 10 Oct 2011 18:15:57 +0000</pubDate>
		<dc:creator>colvillepetipont</dc:creator>
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		<category><![CDATA[filmothèque]]></category>
		<category><![CDATA[honneur sauf]]></category>
		<category><![CDATA[propagande]]></category>
		<category><![CDATA[Ryan Gossling]]></category>

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		<description><![CDATA[Nous vivons une ère où le cynisme a prit le pas sur tout. Désillusion, bonnes vieilles valeurs qui montrent leurs failles. Au milieu de tout ça, la comédie romantique semble s’essouffler quelque peu. Le genre, éternellement voué à la redite semble prompt à se briser sur les récifs sombre de notre époque. Pourtant, on continue [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=gouffreausucre.wordpress.com&amp;blog=22942104&amp;post=305&amp;subd=gouffreausucre&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Nous vivons une ère où le cynisme a prit le pas sur tout. Désillusion, bonnes vieilles valeurs qui montrent leurs failles. Au milieu de tout ça, la comédie romantique semble s’essouffler quelque peu. Le genre, éternellement voué à la redite semble prompt à se briser sur les récifs sombre de notre époque. Pourtant, on continue éternellement de produire de nouveaux films où des amours contrariées mènent à un happy end glorieux. Difficile, d’une façon générale de noter ou commenter la plupart de ces films, sauf quand ils s’écartent des règles (tels Medianeras de Gustavo Tarreto, 500 jours ensemble de Marc Webb ou Comment savoir de James L. Brook), au point souvent qu’on se demande s’il s’agit toujours de comédies romantiques.<br />
La plupart du temps, il est donc difficile d’être réellement déçu. Quelle que soit l’histoire, le même schéma se reproduit, et comme les réalisateurs sont souvent de bons élèves chacun vaut l’autre et tout va bien. Perte de temps que de reprocher les stéréotypes, les rôles prédéfinis, les bons sentiments ou la mièvrerie, puisqu’ils sont l’essence même du genre.</p>
<p>Bam ! sort Crazy Stupid Love. Les bandes annonces laissaient présumer quelque chose d’assez jouissif, drôle, avec une bribe de noirceur collant à l’ère actuelle. Le tout dans un beau mouvement chorale, à l’instar du Love actually de Richard Curtis. Et effectivement, Crazy Stupid Love est, durant sa première heure assez jouissif : définitivement drôle, un peu insolent, cynique un brin. Les personnages sont attachants, on tombe amoureux de tout le monde, on tressaille durant les faux suspens, on veut croire avec eux que ça va bien finir. Et tout est là : les amours contrariés, les obstacles, les rebondissements, les autres amants au milieu, et bien entendu, pour les trois duos d’amoureux, le happy end attendu. Ouf !<br />
Malheureusement, à bien y regarder, et lorsqu’on se prend en pleine face l’attendu discours final (qui précède en général le happy end), l’ensemble est débectant.</p>
<p>Une comédie romantique, en général, ne ment pas. Elle encense un idéal, désuet et caduque, de l’amour coup-de-foudre pour la vie à la mort. Point. Mais Crazy Stupid Love est retors : sa première partie fait mine de s’insérer dans l’époque actuelle. Un divorce, un don juan volage, un ado de teen movie. Le tout enrobé dans des gags qui donnent au film un rythme endiablé. Les épisodes ou les rebondissements grossiers participant pleinement au côté jouissif.<br />
Ce que savent les réalisateurs, Glenn Ficarra et John Requa, qui avaient pourtant surpris en bien avec leur précédente comédie (Jim Carrey et Evan Mc Gregor dans une love story gay), c’est que notre ère est notre ère. Ô valeurs qui se perdent, ô désespoir qui nous prend : non, les comédies romantiques sont dépassées. Mais les deux garçons n’y tiennent pas. Et leur habilité splendide, rusée au possible, est de nous emporter dans leur mouvement, nous faisant croire qu’ici on défait le genre, pour au final nous asséner un laïus débordant de glorieuserie bon-sentimentale. Ne nous leurrons pas : les histoires d’amour des comédies romantiques, ce sont des histoires. Leurs règles transposées dans la vie réelles finissent inlassablement par ne plus être les bonnes.</p>
<p>Plus que tout : ici, les stéréotypes fictifs habituels, pas très grave la plupart du temps, accompagnent l’objectif du film. Plus que moraliste, le Crazy Stupid Love est propagandiste : au final le personnage joué par le beau Ryan Gossling a droit à la rédemption, puisqu’il rentre dans le droit chemin, et qu’il est beau de surcroit. Au final, la persévérance lourdingue des hommes a eut raison, les femmes rendent les armes. Il s’agit bien de ça, puisqu’il est souligné qu’ils doivent se battre. Tandis que les femmes, elles, attendent d’être choisies. Tandis que les hommes font leur démonstration de force. Au final, l’ordre est rétabli : chacun rentre chez soi, en couple. Le père, un temps l’élève de drague du jeune récupère sa position patriarcale. Les parents retournent, ensemble, au foyer. Le don juan connaît l’amour, et se range enfin. L’adolescente de 17 ans fantasmant sur le père au foyer, revient à la réalité. Le jeunot de 14 ans qui lui courrait après devra lui attendre quelques années. L’honneur et la morale sont saufs.</p>
<p>Au temps où les comédies romantiques pourraient légitimement disparaître, Ficarra-Requa répondent avec acharnement : l’amour (entendre par là l’idéal illusoire et trompeur du mariage hétérosexuel monogamique jusqu’à ce que mort s’en suive) existe bel et bien. Les comédies romantiques perdureront. Ne vous inquiétez pas. Soyez tenaces. Tout ira bien.</p>
<p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;-</p>
<p>et ça, juste pour certifier que je suis pas le gars de mauvaise fois : <a href="http://www.senscritique.com/colville/liste/34534/mon-coeur-de-midinette-et-mes-yeux-larmoyants/" target="_blank">clique ici</a>.</p>
<br />  <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/gouffreausucre.wordpress.com/305/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/gouffreausucre.wordpress.com/305/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/gouffreausucre.wordpress.com/305/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/gouffreausucre.wordpress.com/305/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/gouffreausucre.wordpress.com/305/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/gouffreausucre.wordpress.com/305/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/gouffreausucre.wordpress.com/305/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/gouffreausucre.wordpress.com/305/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/gouffreausucre.wordpress.com/305/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/gouffreausucre.wordpress.com/305/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/gouffreausucre.wordpress.com/305/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/gouffreausucre.wordpress.com/305/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/gouffreausucre.wordpress.com/305/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/gouffreausucre.wordpress.com/305/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=gouffreausucre.wordpress.com&amp;blog=22942104&amp;post=305&amp;subd=gouffreausucre&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<title>Avatar : ou la démagogie globale appliquée au second life</title>
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		<pubDate>Mon, 10 Oct 2011 18:02:27 +0000</pubDate>
		<dc:creator>colvillepetipont</dc:creator>
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		<category><![CDATA[l'esprit de la jeunesse]]></category>
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		<description><![CDATA[Je suis pas un mec bégueule avec les superproductions. S’avère juste, qu’avec Avatar, l’ultime chef-d’œuvre de Jamessounet Cameron, on a eu un problème de check dans nos agendas, si bien qu’avec Inés, on n’a fini par le voir seulement il y a quelques jours en empruntant le DVD à la bibliothèque. Ça pour dire que, [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=gouffreausucre.wordpress.com&amp;blog=22942104&amp;post=300&amp;subd=gouffreausucre&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Je suis pas un mec bégueule avec les superproductions. S’avère juste, qu’avec <em>Avatar</em>, l’ultime chef-d’œuvre de Jamessounet Cameron, on a eu un problème de check dans nos agendas, si bien qu’avec Inés, on n’a fini par le voir seulement il y a quelques jours en empruntant le DVD à la bibliothèque. Ça pour dire que, effectivement, du point de vue du spectacle, j’imagine bien que, dans une salle d’un multiplexe, avec les lunettes 3D, tu dois en avoir pour ton argent et que pendant ces 2h40 et des poussières, oui, ça doit défourailler grave. Merci James.<br />
Cependant, dans les conditions de visionnages qui furent les nôtres, c’est-à-dire sans 3D, et sur un écran de taille minable, ne restait que le film réduit à sa pure essence : son histoire, son scénario et son discours. Ce qui, non, n’est pas rien.<br />
A peu près en même temps, je me suis mis à lire, pour m’amuser un peu, le livre de Frédéric Martel, <em><a href="http://www.fredericmartel.com/">Mainstream</a></em>. Il y cite, entre autres exemples, la campagne publicitaire mise en place par Pepsi, dès 1961. Celle-ci repose sur un mécanisme simple, avec des slogans tels que : « Now it’s Pepsi, for those who think young » ou « Come alive ! You’re the Pepsi Generation ! ». Une Campagne qui (selon les mots de Frédéric) : « salue l’esprit de la jeunesse en rébellion contre l’establishment » (ici symbolisé par Coca-Cola). Avant même mai 68, la pub recyclait déjà l’engouement de la révolte.<br />
Si je signale cette anecdote, à laquelle on peut ajouter les campagnes de pubs de Hugo Boss (« Sois toi-même), de Apple (un spot avec des images d’archives de grands rebelles comme John Lennon ou Gandhi), les Pulls à paillettes à l’effigie du Che, vendus bien plus de 100€ dans les quartiers chics de Paris, les merveilleux films des studios Ghibli ultra écolos et desquels découlent pourtant un merchandising épatant de figurines en plastique, ou les séries se moquant de la société américaine et elles-mêmes faisant parties intégrantes de celle-ci (que ce soient<em> Les Simpson</em> et leur mega merchandising ou <em>Six Feet Under</em>, diffusée sur HBO, donc Time-Warner)… si je signale cette anecdote, donc, c’est pour introduire la raison qui fait que <em>Avatar</em> est un film débectant.</p>
<p>Inutile de faire le chieur en rappelant que ça fait penser à <em>Pocahontas</em>, puisque, évidemment, c’est une sorte de version SF de ce classique fondateur des States. Inutile de dire oh combien l’histoire est prévisible du début à la fin, puisqu’il s’agit bel et bien du scénario type du blockbuster ricain : les gentils contre les méchants, le héros élu alors qu’au début il avait l’air d’un monsieur tout-le-monde catapulté là bien malgré lui, l’histoire d’amour interdite, le grand-grand méchant figure paternelle défait par le susdit héros dans un affrontement final mano a mano, le bon copain, les scientifiques gentils et écolos, dont l’un d’entre eux représente une vague minorité (ici on ne sait pas trop si c’est un indien ou un métis, qu’importe…), etc, etc. Inutile de rager contre le prêchi-prêcha écolo désuet du film. Non, ce qu’il faut faire, c’est montrer de quelle façon, non pas hypocrite, mais bien malhonnête, tout cela est agencé.</p>
<p>Parce qu’<em>Avatar</em>, c’est une métaphore. Une métaphore à peine cachée (regarde, c’est dans le titre) de la mode second life. Détrompons-nous, le second life, c’est pas si grave en soi, ça peut même être marrant, voire un bon exutoire quand il s’agit de canaliser nos pulsions meurtrières ou sexuelles, légèrement déplacées dans la vie de tous les jours. Pourtant, comme toute chose, il existe une mince frontière entre l’utilisation seine du second life et celle pathologique : dès le moment où la second life semble avoir idéalement une valeur supérieure à, disons, la first life. Pour le dire autrement : toute fiction ne vaut vraiment le coup à partir du moment où elle sert à plus qu’à s’évader de son existence terrestre, à partir du moment où elle te nourrit et peut, éventuellement, te pousser à agir sur ta réalité pour, ne serait-ce qu’essayer de l’améliorer.<br />
Malheureusement, <em>Avatar</em> n’est pas de ce genre. Reprenons : le film de Jamessounet est un spectacle. Son dessein ultime est : une évasion dans un monde éblouissant et une utilisation de la 3D numérique poussée à son maximum. Commercialement parlant, l’objectif de ce genre de superproduction est de : rapporter un maximum de bénéfices aux studios et aux producteurs (donc 20th Century Fox). Clairement, donc, faire du fric, faire du fric, vendre du pop-corn et du Coca (ou du Pepsi). Indirectement, s’assurer qu’un maximum d’individus posera ses fesses devant le film, puis ressortira de la projection sourire béat aux lèvres.<br />
Le cynisme ici est de proposer un spectacle qui clairement fait semblant de promouvoir une idéologie absolument contraire à sa démarche inhérente. Une fois de plus le mal est incarné par des vilains capitalistes sans vergogne, vraiment très vilains et immoraux, surtout le grand boss, qui aligne les déclarations haineuses avec des têtes perfides, et son collaborateur qui rappelle que le but c’est de faire du fric, du fric. Le héros, sorte de fils adoptif qui se rebellera contre le père (son supérieur dans l’armée), se joint aux gentils très gentils, les indiens E.T. bleus, connectés à la nature et à ses pouvoirs.</p>
<p>Le génie (j’imagine malgré lui) de James est d’intégrer cet archétype narratif dans une métaphore assez inédite et pourtant tellement à propos : le monde idéal des aliens bleus n’est accessibles aux humains que s’ils revêtent un avatar. Autrement dit, même si ça fait joli d’une certaine façon, il faut renier celui qu’on était vraiment, et y préférer une incarnation alternative et artificielle, l’avatar qui évoluera dans la second life. Cet environnement, soi-disant une nature foisonnante, n’est en fait qu’un univers virtuel, en 3D, qui ne peut pour le coup pas du tout exister, puisqu’il ne respecte aucune loi naturelle (les montagnes qui flottent ! wouh). Ce n’est même pas une utopie digne de ce nom, puisque les utopies, lieux qui n’existent pas, pourraient, en théorie, exister.<br />
Cet environnement, toujours, est internet et le monde global numérique : il est fait de connexions électriques, déguisées pour faire joli en arbres et plantes. Les indigènes, incarnations putrides d’une démagogie globale, ont des pratiques spirituelles melting-pot : leurs chants religieux sont un mix de percussions tribales, avec influences africaines, indiennes, bouddhistes, américano-indiennes… Ils ont des flèches, font des prières quand ils tuent un animal… et, lorsqu’ils utilisent anglais (ce qu’ils font la plupart du temps, plutôt que de préférer leur langage maternel, pour ne pas trop indisposer le spectateur), ils le font en s’exprimant avec un accent proche de ceux des indiens (d’inde) lorsqu’ils parlent anglais. Et puis, puisqu’il faut bien dans tout ça une dose de chrétienté, ils ont une déesse unique.</p>
<p>Pourtant, quand ce monde et ses gentils habitants gagnent à la fin, qui gagne vraiment ? Je vais te dire : certainement pas nous, les spectateurs. Surtout pas le spectateur prototypal visé par le biz’. C’est-à-dire, le type qui pourra s’identifier facile au héros : remarquez comme on le présente cet alter-ego, c’est (on l’apprend vite fait) un commercial, pas un scientifique, pas un intello, juste un mec, quoi. Un peu rebelle, un peu grande geule, un peu beau gosse. Disons la version idéale (déjà un avatar) du spectateur type. Ceci étant dit.<br />
Revenons à nos aliens bleus, que disais-je ? oui : voyez comme, cela est convenu avec un tel film, tout se résout. D’abord, l’autre alien bleu, le futur chef du village, qui au début était jaloux et pas sympa avec le héros, finalement se range à ses côtés, puis meurt héroïquement en combattant les méchants militaires. D’autres seconds rôles y passent, comme de rigueur. Heureusement, le héros, non, il devient même le big héros plus fort que tout, l’élu et j’en passe. Notez ici comme le fait que ce soit lui qui soit l’élu, et non un vrai alien bleu natif, lui notre alter-ego à nous le spectateur, notez comme cela flatte l’ego et sous-tend toute la morale dégueu du film.<br />
Parce que, toujours prévisible et convenu, ce héros élu, face à l’injustice, en finit grandiosement avec son père adoptif, le bad guy militaire, son ex-supérieur, le hargneux, oui, il le tabasse et, ce faisant déverse notre colère contre les choses pas justes. Il réalise la bonne vieille catharsis. Parce que, sorti de là, tu vas aller faire quoi ? batailler comme il se doit contre le vilain capitalisme ? Non. Tu vas rentrer chez toi et hop, demain retour au bureau ou à l’usine, ou au pôle emploi. Ce faisant, l’illusion d’une victoire nous bercera, et pam, on l’a dans l’os.</p>
<p>Effectivement, rien de nouveau sous le soleil, tu me diras. Mais quand-même, faut bien reconnaître à James qu’il a fait fort et que son Avatar est en fin de compte l’apothéose du cynisme et du recyclage honteux des belles idées par la machine à sous. Hop, un nouveau pull à l’effigie du Che. Hop, une nouvelle campagne de E.Leclerc détournant les slogans de mai 68. Hop, un laïus sur les logiciels libres dans <em>Tron : Legacy</em>. Hop, un petit chinois en train de coudre une énième peluche de Totoro. Merci.</p>
<br />  <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/gouffreausucre.wordpress.com/300/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/gouffreausucre.wordpress.com/300/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/gouffreausucre.wordpress.com/300/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/gouffreausucre.wordpress.com/300/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/gouffreausucre.wordpress.com/300/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/gouffreausucre.wordpress.com/300/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/gouffreausucre.wordpress.com/300/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/gouffreausucre.wordpress.com/300/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/gouffreausucre.wordpress.com/300/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/gouffreausucre.wordpress.com/300/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/gouffreausucre.wordpress.com/300/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/gouffreausucre.wordpress.com/300/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/gouffreausucre.wordpress.com/300/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/gouffreausucre.wordpress.com/300/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=gouffreausucre.wordpress.com&amp;blog=22942104&amp;post=300&amp;subd=gouffreausucre&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<title>illusion des âge d&#8217;or</title>
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		<pubDate>Mon, 10 Oct 2011 17:59:36 +0000</pubDate>
		<dc:creator>colvillepetipont</dc:creator>
				<category><![CDATA[filmothèque]]></category>
		<category><![CDATA[Marion Cotillard]]></category>
		<category><![CDATA[Paris]]></category>
		<category><![CDATA[Woody Allen]]></category>

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		<description><![CDATA[C&#8217;est amusant, si on lit les critiques de ce film, de voir comme on s&#8217;emporte vite. Et, j&#8217;était prompt à faire de même, persuadé que désormais un film sur deux du vieux dépressif new-yorkais allait décevoir. Surtout, je suis de ceux qui supportent mal le côté carte postale de quoi que ce soit. De ceux [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=gouffreausucre.wordpress.com&amp;blog=22942104&amp;post=297&amp;subd=gouffreausucre&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>C&#8217;est amusant, si on lit les critiques de ce film, de voir comme on s&#8217;emporte vite. Et, j&#8217;était prompt à faire de même, persuadé que désormais un film sur deux du vieux dépressif new-yorkais allait décevoir. Surtout, je suis de ceux qui supportent mal le côté carte postale de quoi que ce soit. De ceux qui adorent détester Paris, dont la simple lecture de l&#8217;expression &#8220;la plus belle ville du monde&#8221; fait hérisser le poil. Et bordel, ce film je le sentais venir de loin.<br />
Amusant, donc, de voir que ce côté carte postale, petite évasion magique-slash-culturelle, semble concentrer l&#8217;attention de tous : et c&#8217;est ça qui en enchante certains, et agace les autres. On lit par exemple dans le magazine UGC Illimité (le &#8220;gratuit&#8221; des cinémas UGC) : &#8220;Cette comédie romanesque et onirique s&#8217;attache à défendre les charmes de l&#8217;imaginaires en opposition à la douleur de vivre.&#8221; Oui, UGC Illimité est un torchon rédigé par des peignes culs, à qui la rédaction a certainement fait suivre un stage de management chez Disney, avec comme letmotiv : &#8220;N&#8217;oubliez-pas, nous vendons du rêve !&#8221;<br />
La question est donc : comment a-t-on pu passer à ce point à côté d&#8217;un film ?<br />
Reprenons. Ouverture du film que tous les connards aigris dans mon genre on certainement regardé d&#8217;un très mauvais oeil, s&#8217;amusant à repérer le nombre de noms de marques luxueuses (type Dior) qui apparaîtraient à l&#8217;écran. Accumulation de vues carte-postale d&#8217;un Paris idéalisé pour touristes étrangers. Détestable. Et pourtant. De suite s&#8217;en suit un dialogue qui vient souligner (et c&#8217;est dit mot à mot par la compagne du héros écrivain mélancolique) : &#8220;ceci est un fantasme.&#8221; Et le film ne cesse de le rappeler, à mains endroits. On ne les voit pas, mais on en parle, il y a des bouchons et une putain de circulation merdique à Paris. Par exemple.<br />
Mais, sans vouloir spoiler, il faudra souligner le dispositif malicieux du film, dont la clef de lecture est donnée dans une des scènes finales. Et qui dit tout du long : détrompe-toi, l&#8217;âge d&#8217;or (insérer ici époque et lieu selon son goût) dont tu rêves, il n&#8217;existe pas. Étonnamment, la force du film réside donc dans ce qui pourrait le rendre particulièrement agaçant : une accumulation de clichés (aux deux sens du terme), des vues idéales d&#8217;un beau Paris étincelant et romantique (qui, même si n&#8217;étant pas QUE ça, existe), des featurings à la pelle de stars bien de chez nous au top du glamour, et un beau name-dropping des grands noms de la culture ayant foulé les pavés de la capitale&#8230; Or, cette évocation d&#8217;un Paris fantasmée, poussée à son paroxysme, finit par être tellement grossière, qu&#8217;elle ne peut que se trahir, soulignant n&#8217;être qu&#8217;un mensonge.<br />
Oui, il y a quelque chose du rêve, d&#8217;une envie d&#8217;évasion du temps T dans lequel le protagoniste (avec le spectateur) a malheureusement ses pieds. Oui, on sent bien que Woody s&#8217;est amusé à reconstituer un Paris imagé carton-pâte et pimpant. Mais s&#8217;il le fait, c&#8217;est tout autant pour légitimer ce besoin des êtres humains de se référer à ces âges d&#8217;or, que pour rappeler combien ils sont factices. Et donc de rappeler qu&#8217;il n&#8217;y a pas lieu de les préférer à la réalité et au temps auquel nous vivons.<br />
Ma seconde question est alors : pourquoi, à deux, trois personnes près, les spectateurs semblent-ils se départager en deux catégories : celle qui adore le film pour son côté magique, la beauté de Paris et sa pléiade de stars, et celle qui déteste le film pour ces mêmes raisons ? passant systématiquement à côté d&#8217;un discours pourtant explicitement dit texto ?</p>
<br />  <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/gouffreausucre.wordpress.com/297/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/gouffreausucre.wordpress.com/297/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/gouffreausucre.wordpress.com/297/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/gouffreausucre.wordpress.com/297/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/gouffreausucre.wordpress.com/297/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/gouffreausucre.wordpress.com/297/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/gouffreausucre.wordpress.com/297/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/gouffreausucre.wordpress.com/297/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/gouffreausucre.wordpress.com/297/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/gouffreausucre.wordpress.com/297/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/gouffreausucre.wordpress.com/297/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/gouffreausucre.wordpress.com/297/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/gouffreausucre.wordpress.com/297/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/gouffreausucre.wordpress.com/297/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=gouffreausucre.wordpress.com&amp;blog=22942104&amp;post=297&amp;subd=gouffreausucre&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<title>Réseaux, connexions, toile, liens (I)</title>
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		<pubDate>Sun, 10 Jul 2011 10:13:02 +0000</pubDate>
		<dc:creator>colvillepetipont</dc:creator>
				<category><![CDATA[théories et propositions]]></category>
		<category><![CDATA[connexions]]></category>
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		<category><![CDATA[marelle]]></category>

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			<content:encoded><![CDATA[<p>En 1963, Julio Cortázar fait paraître chez Editorial Sudamericana un roman aujourd&#8217;hui célèbre, <em>Rayuela</em> (<em><a href="http://www.lmda.net/din/tit_lmda.php?Id=41268" target="_blank">Marelle</a> </em>en v.f. chez Gallimard &#8211; L&#8217;Imaginaire). Le livre se lit de deux manières : soit en lisant dans l&#8217;ordre les chapitres 1 à 56 ; soit en y intercalant de façon totalement désordonnée (mais calculée par l&#8217;auteur) les chapitres 57 à 155 (et &#8220;dont on peut se passer&#8221;, écrit Cortázar). Ce second parcours, où s&#8217;insèrent de nouveaux chapitres du type &#8220;scènes coupées&#8221;, propose aussi des extraits Lévi-Strauss, Anaïs Nin, Artaud, de George Bataille, de son personnage penseur, Morelli, ou encore de l&#8217;<em>Almanach Hachette. </em>Il enrichit la lecture, la connecte à un univers extérieur au roman propre. Elle trahit le fait qu&#8217;aucune fiction n&#8217;existe par elle-même, comme jaillissant par magie de l&#8217;esprit d&#8217;un créateur, un génie, un Dieu&#8230; mais plutôt naît reposant sur un substrat poreux et communicant de toutes choses, idées et personnes.</p>
<p>C&#8217;est un principe très post-moderne. Et, qu&#8217;importe qu&#8217;on s&#8217;accorde ou pas sur cette appellation ou pas, la fiction contemporaine est faite presque entièrement de cette façon, réinterprétant, interpolant, citant, remixant, samplant&#8230; Dans la préface de <em>Nouvelles, histoires et autres contes</em> (qui collecte quasiment tous les textes courts du même Cortázar, dans la collection &#8220;Quatro&#8221;), sa coordinatrice, Sylvie Protin, rappelle qu&#8217;après <em>Marelle</em>, l&#8217;écrivain argentin vivant à Paris devint quasiment obsédé par cette forme d&#8217;écriture et beaucoup de ses ouvrages suivant tentèrent diversement de pousser l&#8217;idée le plus loin possible (<em>62, maquette à monter</em>, <em>Le Livre de Manuel</em>, ou une édition espagnole de ses nouvelles, recomposant en quatre volumes thématiques ses recueils de nouvelles et contes). D&#8217;une certaine façon, Cortázar avait presque prévu et pensé le futur mécanisme d&#8217;internet.</p>
<p>Voilà qu&#8217;à partir du 1er juillet 2011, il est proposé aux abonnés de <a href="http://www.mediapart.fr/" target="_blank">Mediapart</a> de suivre, tout l&#8217;été, sous forme de feuilleton, <em><a href="http://blogs.mediapart.fr/edition/un-roman-du-reseau" target="_blank">Un Roman du réseau</a> </em>de Véronique Taquin. Ce, au rythme de neuf livraisons hebdomadaires. Le projet s&#8217;inscrivant dans le fonctionnement du site, il y est possible de commenter et interpréter les chapitres. L&#8217;idée éditoriale, assez inédite, est de penser ces commentaires comme faisant partie de l&#8217;édition de l&#8217;ouvrage et d&#8217;éventuellement les incorporer ensuite dans la version papier qui finira par peut-être voir le jour.</p>
<p>En quelque sorte, ce <em>Roman du réseau </em>est un des avatars indirect des idées de Cortázar. Loin de moi de dire qu&#8217;il s&#8217;en réclame ou en découle. Loin de moi de dire que Cortázar avait à lui seul inventé une façon de faire totalement inédite, ou d&#8217;insister naïvement sur le fait qu&#8217;<em>Un Roman du réseau </em>serait une expérience unique et jamais vue. Pourtant je crois qu&#8217;à leur façon le récit de Véronique Taquin et sa publication, orchestrée par l&#8217;universitaire Laurent Loty, s&#8217;inscrivent dans un mouvement vaste, et, justement, lié et connecté.</p>
<p>On pourra, si on est soit un fieffé emmerdeur, soit un observateur curieux, s&#8217;amuser à constater le nombre d&#8217;expériences de publication similaires, tant il est vrai que les écrivains, auteurs, artistes de toutes sortes &#8211; amateurs ou reconnus &#8211; se sont emparés du web : livres numériques (<a href="http://www.publie.net/" target="_blank">Publie.net</a>), webzines (<a href="http://www.flurb.net/" target="_blank">Flurb</a>, que je viens de découvrir), blogs d&#8217;écrivains (<a href="http://etc-etcetc.blogspot.com/" target="_blank">ETC</a>. de Franck Smith), dont un certain nombre propose d&#8217;ailleurs des romans à suivre (au hasard : <em><a href="https://twitter.com/#%21/PHSauvage" target="_blank">La Vie rêvée</a> </em>de Paul-Henri Sauvage, sur twitter !), édition en ligne (<a href="http://8comix.fr/" target="_blank">8comix</a>), sites participatifs (<a href="http://grandpapier.org/" target="_blank">Grand Papier</a>)&#8230; Oui, ça n&#8217;en fini plus. Ainsi plutôt que s&#8217;écrier en cherchant à tout prix à démontrer avec force exemples le manque de nouveauté de ce projet, il serait plus judicieux de montrer de quelle façon il s&#8217;inscrit dans ce mouvement général, très contemporain, et en quoi il s&#8217;y singularise y trouvant sa forme d&#8217;expérimentation adéquate.</p>
<p>Pour commencer, on pourra le ré-situer au sein de l&#8217;oeuvre de Véronique Taquin, signaler qu&#8217;il s&#8217;agit du deuxième épisode de la trilogie <em>La machine à récit</em>, précédé il y a déjà 12 ans de ça par <em><a href="http://lejeudetaquin.free.fr/Vous_pouvez_mentir.htm" target="_blank">Vous pouvez mentir</a></em>, chez les Éditions du Rouergue, que pour ma part je découvre exactement en même temps. Je reviendrai plus tard sur le temps écoulé entre les publications des deux romans. Notez que je lis dernièrement les deux ouvrages à peu près en même temps, créant de façon confuse et chaotique mon propre parcours de lecture, allant de l&#8217;une à l&#8217;autre, un peu en papillonnant. De là, difficile de s&#8217;empêcher de faire des connexions entre les deux projets, qui de toute façon sont évidemment liés. Tellement que le second donne quelque part l&#8217;impression d&#8217;être une réécriture du premier : même concept de base, un personnage dont on sait peu au début (est-il enrobé d&#8217;une aura de mystère, ou n&#8217;y-a-t-il finalement pas tant à savoir sur lui ?), qui met en place un dispositif dans lequel des individus peuvent se raconter et / ou être racontés, cela, selon une règle simple, la suivante : <em>&#8220;racontez votre vie, vous pouvez mentir&#8221; </em>(principe étant par ailleurs le titre même d&#8217;un court métrage du personnage Niels et d&#8217;un projet de film mené par Véronique Taquin elle-même).</p>
<p>Les deux romans (et leurs deux protagonistes principaux) s&#8217;amusent à ostensiblement brouiller sans arrêt la frontière entre fiction et réalité, l&#8217;une nourrissant l&#8217;autre, et inversement. C&#8217;est finalement une forme de procédé très courante actuellement voire même depuis longtemps : que ce soit avec les auto-fictions, les fictions biographiques voire autobiographiques, les trans-fictions, les fictions semblant puiser dans la vie de leurs auteurs&#8230; Ici, d&#8217;ailleurs, en raison des informations ci-dessus, donc des liens qu&#8217;on peut faire entre le personnage Niels et l&#8217;auteur Taquin, on serait tenté d&#8217;y voir une projection de l&#8217;une dans l&#8217;un. Frontière encore brouillée puisque Niels entretient deux histoires parallèles et entrecroisées, l&#8217;une avec Lucques (qui sera le protagoniste central du troisième volet du triptyque) et l&#8217;autre avec le personnage d&#8217;Anna Ols ; brouillage donc des repères générique masculin/féminin d&#8217;une part. Et d&#8217;autre part parasitage de la connexion  naïve que, lecteur emporté et sensible, on est tenté de faire entre un protagoniste principal et un auteur (il est à peu près sûr que personne n&#8217;écoute Marcel Proust lorsqu&#8217;il nous enjoint à ne pas confondre son personnage narrateur et lui-même).</p>
<p>Une chose  assez remarquable dans les deux oeuvres réside dans la façon dont, à l&#8217;intérieur même des écrits, les montages sont mis en scène. Il s&#8217;agit plus de plans, de descriptions que des montages eux-mêmes. On a surtout affaire, par exemple dans la première partie de <em>Vous pouvez mentir</em>, à un rapport assez vague de ce à quoi l&#8217;émission pourrait ressembler (ou <em>pouvait </em>ressembler, en supposant qu&#8217;elle ait existé). De même, quand par la suite il est question des films de Niels ou Lucques, à aucun moment nous n&#8217;aurons affaire à de quelconques extraits des films eux-mêmes. Comme si l&#8217;on était dans des textes théoriques. Non, le montage, peut-être plus discret, est plutôt dans la juxtaposition, assez désordonnée chronologiquement, d&#8217;évènements n&#8217;ayant pas grand chose à voir, au premier abord. Pourtant ils semblent tisser des liens entre eux, plutôt au niveau de leurs significations (possibles) et des préoccupations qui paraissent les habiter : pour résumer, des questions d&#8217;identité, de repères, de vrai et de faux, de réel et de fiction. Particulièrement du jeu qui consiste à se faire passer pour autre.</p>
<p>Cela me rappelle deux choses assez majeures pour moi, pour ce qui est de mon rapport à la littérature (et plus largement à tout art), que ce soit en tant que lecteur ou auteur : tout d&#8217;abord une conférence de l&#8217;éminent <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Thomas_Pavel" target="_blank">Thomas Pavel</a>, à laquelle j&#8217;avais assisté encore jeune étudiant à Rennes. On peut, grossièrement, en résumer le propos ainsi : en tant qu&#8217;êtres humains, notre propre vie à chacun ne suffit pas. Pour combler ce manque nous faisons appel à des &#8220;<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Mondes_possibles" target="_blank">mondes possibles</a>&#8220;, à des vies alternatives que nous aurions pu, de façon absolument éventuelle, vivre. On pourrait résumer cette idée en citant une bande dessinée qui n&#8217;a rien à voir et qui pourtant est habitée de préoccupations et thématiques réellement semblables : « L’existence est comme une partie d’échecs… Ainsi, tout comme chaque mouvement crée un nouveau schéma de jeu… chacun de nos choix crée une nouvelle réalité… en en créant infiniment… continuellement. » (in <em><a href="http://gouffreausucre.wordpress.com/2011/05/16/la-geste-de-rat-man-i/" target="_blank">Rat-Man</a> </em>nº48, de Leo Ortolani) Nous sommes, nous, voués à n&#8217;évoluer que dans une de ces réalités, mais pourtant, on peut rester hantés par ces vies potentielles que nous ne vivrons pas et qui aurait pu avoir lieu. Un besoin tout humain qui se résout avec la lecture de fiction (ou le visionnage d&#8217;une série ou d&#8217;un film, ou bien en jouant à un jeu vidéo&#8230;) et dans certains cas, par la création de ses vies, en général par l&#8217;écriture. Un principe que j&#8217;appelle pour ma part, de façon assez simple &#8220;<a href="http://mouvementdesvide.canalblog.com/archives/2009/06/07/13997983.html" target="_blank">cette vie</a> que je ne vivrai pas&#8221;.</p>
<p>L&#8217;idée principale du travail de Véronique Taquin repose entièrement sur le dialogue entre la &#8220;vraie vie&#8221; et ces autres vies possibles. Dialogue qui finit par devenir comme une seule voix polyphonique, au point qu&#8217;on ne puisse plus trop discerner les frontières. Ce que je résumerais bien par les mots de Roger-Pol Droit (dans <em>101 expériences de philosophie quotidienne</em>, chez Odile Jacob) : &#8220;Le point auquel il convient de parvenir est celui où vous doutez que tout cela soit faux, où vous ne discernez plus la frontière entre vos fictions et votre vraie vie. Ou plutôt, ce qui revient au même, le point où vous pouvez vous dire, sans coup de force ni soudaine folie, que ce que vous aviez l&#8217;habitude de considérer naguère comme votre &#8220;vraie vie&#8221; n&#8217;est, en fait, rien qu&#8217;une fiction parmi d&#8217;autres. Ni plus ni moins.&#8221;</p>
<p style="text-align:center;"><em>(à suivre&#8230;)</em></p>
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		<title>Quand Big Ben trouve sa voix</title>
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		<pubDate>Fri, 10 Jun 2011 18:21:04 +0000</pubDate>
		<dc:creator>colvillepetipont</dc:creator>
				<category><![CDATA[ô you fucking 90'S]]></category>
		<category><![CDATA[undergroundz classix]]></category>

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		<description><![CDATA[Dans les milieux artistiques, il y a, typiquement, toujours de ces mecs qui veulent en être. On les trouve toujours là, et des fois on ne sait pas très bien ce qu&#8217;il font. À force d&#8217;activisme omniprésent, on se rappelle d&#8217;eux et on les identifie enfin. Mais très souvent, il est difficile de savoir si [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=gouffreausucre.wordpress.com&amp;blog=22942104&amp;post=307&amp;subd=gouffreausucre&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Dans les milieux artistiques, il y a, typiquement, toujours de ces mecs qui veulent en être. On les trouve toujours là, et des fois on ne sait pas très bien ce qu&#8217;il font. À force d&#8217;activisme omniprésent, on se rappelle d&#8217;eux et on les identifie enfin. Mais très souvent, il est difficile de savoir si leur effective appartenance au milieu est due à leur talent ou simplement à leur ténacité. Big Ben pourrait presque être de ceux-là. On a sa première oeuvre marquante : Albert Le Grand &#8211; Analyse, BD qu&#8217;on croit presque semi-autobiographique, avec une seule case répétée infiniment et un mec qui parle et qui parle. C&#8217;est pas mal. Et pourtant on sent, de partout, l&#8217;influence de celui qui a certainement été son premier maître à penser, le fameux Trondheim. Il a aussi été aux manettes des premiers Comix Club, la revue critique qu&#8217;il a initié. Avant d&#8217;heureusement refiler le bébé à Jean-Paul Jennequin, plus talentueux dans la peau du critique que lui. Big Ben, donc, c&#8217;est typiquement le gars qui, dans un festival BD, le soir, quand il y a la fête avec les stars comme le copain du susdit fameux, Sfar donc, et d&#8217;autres plus ou moins célèbres, Big Ben, c&#8217;est le type qui pour s&#8217;assurer qu&#8217;il est bien là, filme tout, caméra vissée à son oeil (vu de mes deux yeux à moi), oubliant presque d&#8217;être là, lui, pour de bon.<br />
Et voilà Betagraph, déjà un peu vieux, puisque commencé fin 2000 dans le fanzine Chez Jérôme (pour ceux qui connaissent, initié par ceux de la &#8220;scène rennaise&#8221; comme les appelle le susdit JPJ). Et c&#8217;est quoi Betagraph si ce n&#8217;est 1) un clin d&#8217;oeil à la librairie Alphagraph (tenue par Jérôme, en l&#8217;honneur de qui a été nommé la susdit fanzine et aussi la série de Nylso, bien-nommée Jérôme d&#8217;Alphagraph) et 2) l&#8217;aboutissement vrai de la démarche du monsieur. Je t&#8217;explique : si t&#8217;as lu le résumé, tu sais que c&#8217;est une sorte de sitcom BD sur de jeunes auteurs issus du fanzinat et qui se débatte dans le milieu. Des gens qui, comme Big Ben, veulent en être.<br />
Ici, on cherche derrière les bonshommes qui est qui ? On pense trouver le grand petit Ben un peu derrière celui-ci, puis celui-là. On peut voir clairement la référence à de vraies personnalités (Fastidious, le mec le plus productif et talentueux du moment) et entités de la BD (les éditions Belcourt !)&#8230; Et on imagine assez que les déboires des personnages peuvent être puisés dans les anecdotes perso de l&#8217;auteur, mais aussi dans une sorte de vie fantasmée. Étonnamment, c&#8217;est au coeur de ce récit, plus que certainement nourri de toutes les aspirations et frustrations de Biggie, que celui-ci trouve une voie et une voix, toutes à lui. Les espoirs, les échecs, les réussites, tout semble habité par l&#8217;expérience et les noeuds à l&#8217;estomac de Ben. Surtout : la recette marche. Le sitcom, avec ses ressorts grossiers voulus, ces retournements de situations, ses histoires d&#8217;amour, les hauts et les bas, ce petit théâtre prend vie et trouve même une certaine indépendance, tant on sent que rien n&#8217;était calculé, et que les choses ont dû se faire d&#8217;elles-mêmes.<br />
Inutile d&#8217;en dire plus sur l&#8217;histoire elle-même, puisque ce serait spoiler, et que c&#8217;est finalement le traitement formel (et sa portée symbolique) qui compte, plus que les évènements. Puis on notera une autre chose d&#8217;importance au sujet du dessin : Big Ben est définitivement un auteur qui ne deviendra jamais un grand professionnel. D&#8217;abord parce que peut-être, dans le fond, n&#8217;avait-il pas grand chose de plus à raconter et à être (enfin, ça, l&#8217;histoire nous le dira). Surtout, à l&#8217;instar de bon nombres de losers épiques de la BD indée underground, son dessin vaut et prend vie en étant bâclé. Un des personnages se retrouve d&#8217;ailleurs paralysé par ce dilemme : s&#8217;il s&#8217;applique trop, soudain son dessin se fige, devient moche, et les maladresses peut-être trop voyantes. Tandis, que lorsqu&#8217;il gribouille, à la va-vite, sur un coin de table, tilt ! tout s&#8217;anime. De quoi faire quelques livres chez les micro-éditeurs copains, qui seront lus par ces mêmes copains et trois types traînant leurs basques dans le milieu. Mais qui ne convaincront jamais les magnats des grandes boîtes.<br />
Ça n&#8217;est pas très grave, enfin, je crois. Puisque, à sa façon, un peu maladroite, et coincé dans ce grand corps d&#8217;adulte resté ado, Big Ben, sans être une méga star, fait désormais bel et bien partie du milieu. Ouaip.</p>
<br />  <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/gouffreausucre.wordpress.com/307/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/gouffreausucre.wordpress.com/307/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/gouffreausucre.wordpress.com/307/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/gouffreausucre.wordpress.com/307/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/gouffreausucre.wordpress.com/307/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/gouffreausucre.wordpress.com/307/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/gouffreausucre.wordpress.com/307/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/gouffreausucre.wordpress.com/307/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/gouffreausucre.wordpress.com/307/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/gouffreausucre.wordpress.com/307/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/gouffreausucre.wordpress.com/307/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/gouffreausucre.wordpress.com/307/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/gouffreausucre.wordpress.com/307/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/gouffreausucre.wordpress.com/307/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=gouffreausucre.wordpress.com&amp;blog=22942104&amp;post=307&amp;subd=gouffreausucre&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<title>Le Juge Bao, un roman-photo dessiné</title>
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		<pubDate>Thu, 26 May 2011 17:26:16 +0000</pubDate>
		<dc:creator>colvillepetipont</dc:creator>
				<category><![CDATA[théories et propositions]]></category>
		<category><![CDATA[juge]]></category>
		<category><![CDATA[roman-photo]]></category>
		<category><![CDATA[traditions chinoises]]></category>

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		<description><![CDATA[Si le Juge Bao étonne par sa double nationalité franco-chinoise, ainsi que par son format, qui n&#8217;est en fait qu&#8217;un format traditionnel chinois, il faudra remarquer une chose plus étonnante encore au sujet de cette bande dessinée : le simple fait que ce n&#8217;en est pas une. Oui, réjouissons-nous d&#8217;avoir un casting d&#8217;auteurs international. Soyons épatés [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=gouffreausucre.wordpress.com&amp;blog=22942104&amp;post=212&amp;subd=gouffreausucre&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Si le <em>Juge Bao</em> étonne par sa double nationalité franco-chinoise, ainsi que par son format, qui n&#8217;est en fait qu&#8217;un format traditionnel chinois, il faudra remarquer une chose plus étonnante encore au sujet de cette bande dessinée : le simple fait que ce n&#8217;en est pas une. Oui, réjouissons-nous d&#8217;avoir un casting d&#8217;auteurs international. Soyons épatés qu&#8217;un scénariste français, originaire du milieu de la télévision, réussisse à redonner vie de façon crédible à un personnage autant historique que légendaire, issu d&#8217;une culture et d&#8217;une tradition n&#8217;étant pas les siennes. Félicitons la démarche éditoriale proposant un tel ouvrage, ici en France, au milieu de tous ces mangas et BD variées. Notons enfin à quel point il va être difficile de classer le livre en librairie.</p>
<p>Mais surtout, soulignons le remarquable travail du dessinateur : réalisé à la carte à gratter (bien que certainement ensuite maquetté par P.A.O.), s&#8217;avère d&#8217;un réalisme photographique convaincant. Et c&#8217;est entre autre pour cela que <em>Le Juge Bao</em> n&#8217;est pas selon moi une bande dessinée, mais bien plutôt un roman-photo. Ok, ce genre de déclaration prétentieuse mérite explication&#8230; Alors, allons-y :</p>
<p>Premièrement, un roman-photo peut-il être considéré comme une bande dessinée ? Non, pas tout à fait. Et ce, non pas particulièrement en raison de l&#8217;utilisation de photos. Plutôt, parce que ces photos, extrêmement mises en scène, se retrouvent très figées, et factices. Il faut, d&#8217;une façon générale, noter une chose importante sur la photo (que de nombreux penseurs ont noté depuis bien longtemps*) : la photo est tout ce qu&#8217;il y a de plus loin de la réalité. Elle semble reproduire la réalité, et cela est trompeur. Pour cause la réalité est mouvement, la réalité est temps et espace. L&#8217;instant que propose une photographie est une aberration. Il n&#8217;existe pas dans la réalité. Puisque la réalité est ce que chacun expérimente, au quotidien, à travers temps et espace. Ni notre sensibilité ni notre regard (surtout pas notre regard), n&#8217;est capable de saisir un tel instant. Et notre mémoire, même lorsqu&#8217;elle tente de figer un souvenir en une vue, le fait en télescopant en une image, plusieurs instants, plusieurs vues et perspectives (en quelque sorte, le cubisme est une sorte de réponse à ce constat)&#8230;</p>
<p>De surcroît, les roman-photos proposent eux une réalité de pacotille : les attitudes  des personnages, joués par des acteurs, sont la plupart du temps poussées à l&#8217;extrême, surjouée pour les besoins de la narration.  En résulte des postures figées qui sonnent particulièrement faux. Surtout, cette narration est souvent faite d&#8217;ellipses épatantes, bien plus grossières que dans une bande dessinée. Et ces ellipses, pour ne pas perdre le lecteur sont souvent accompagnées de commentaires explicatifs, soulignant les moments de l&#8217;intrigue de façon exagérée. Par exemple Justine a l&#8217;air triste et pensive, la comédienne, pour le faire comprendre grimace atrocement, les yeux tombants et regarde vers le haut. Peut-être même une bulle représente-t-elle dans un contour au flou gaussien, Jean-Claude riant. La case est malgré tout accompagnée de ce cartouche : &#8220;Justine est Triste, elle pense à Jean-Claude.&#8221; Ainsi, toute la valeur narrative qui devrait être celle de l&#8217;image elle-même s&#8217;annule. Ainsi dans le roman-photo disparaissent d&#8217;importants aspects de la bande dessinée : l&#8217;illusion de mouvement et la réelle valeur narrative de l&#8217;image. Ouvrez n&#8217;importe quelle bande dessinée un peu réussie, même une aux dessins maladroits, même une minimaliste, avec des plans fixes (du type <em>Le Dormeur</em> de Trondheim), et vous verrez qu&#8217;elle prendra étonnamment vie. La succession des cases, les ellipses, la dynamique du trait, les expressions, tout participe à cette illusion de mouvement. Les personnages prennent vie.</p>
<p><a href="http://gouffreausucre.files.wordpress.com/2011/05/9782359660012_pg.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-215" title="9782359660012_pg" src="http://gouffreausucre.files.wordpress.com/2011/05/9782359660012_pg.jpg?w=604" alt=""   /></a></p>
<p>Le travail de Chongrui Nie, le dessinateur, s&#8217;apparente quasiment à ce que l&#8217;on trouve justement dans un roman-photo. On l&#8217;a dit : il s&#8217;agit d&#8217;un graphisme très photographique. Mais, le travail d&#8217;<a href="http://www.google.fr/search?hl=fr&amp;xhr=t&amp;q=alex+ross&amp;cp=1&amp;bav=on.2,or.r_gc.r_pw.&amp;biw=1280&amp;bih=642&amp;um=1&amp;ie=UTF-8&amp;tbm=isch&amp;source=og&amp;sa=N&amp;tab=wi" target="_blank">Alex Ross</a>, sur <em><a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Marvels" target="_blank">Marvels</a></em>, par exemple, est très photographique, il est pourtant dynamique et vivant. Dans le <em>Juge Bao</em>, les expressions des personnages, la plupart de leurs postures héritent du sur-jeu du roman photo. Et ce, sans compter les intrigues et surtout, certaines scènes&#8230; comme celle par exemple où le jeune assistant du Juge, en mission, se fait délester de sa bourse. L&#8217;illustration présente assez clairement le vol. Pourtant, elle est accompagnée de cette description : &#8220;Dans le dos du jeune Bao Xing, une main habile profite de la confusion&#8230;&#8221; En vérité, la lecture de ces albums est même rendu difficile par cet aspect par trop figé**. On en arrive à se demander si Chongrui n&#8217;a pas justement utilisé de véritables romans photos comme documentation sur laquelle s&#8217;appuyer.</p>
<p>Le résultat de cette démarche artistique et narrative (démarche qui n&#8217;en est peut-être pas une) est donc cette oeuvre figée, surannée, choquante presque, alors qu&#8217;elle semble vouloir se donner un aspect ancien de rigueur, par l&#8217;effet de gravure rendu par la carte à gratter : plus qu&#8217;intemporelle, elle est définitivement anachronique. À aucun moment les personnages ne prendront vie ni ne nous semblerons palpables et réel.</p>
<p>Et c&#8217;est peut-être parce que ce qui fait vrai, réel&#8230; ce qui fait que nos vies semblent s&#8217;incarner, exister, c&#8217;est, plus que ce qu&#8217;y s&#8217;offre à notre regard, à notre toucher, plus que ce qui est ou a été, c&#8217;est ce qui reste : nos souvenirs, nos impressions, nos émotions. En ce sens, l&#8217;expressionisme et l&#8217;impressionisme étaient peut-être plus dans le vrai que n&#8217;importe quelle tentative de réalisme&#8230;</p>
<p>Voilà donc pour ce jour, ce que j&#8217;avais à dire sur cette série, malgré tout distrayante. Gageons que je trouverais matière à prolonger cette interrogation un de ces jours prochains.</p>
<p><a href="http://gouffreausucre.files.wordpress.com/2011/05/20100419090006_t2.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-216" title="20100419090006_t2" src="http://gouffreausucre.files.wordpress.com/2011/05/20100419090006_t2.jpg?w=604&#038;h=439" alt="" width="604" height="439" /></a></p>
<p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;-</p>
<p>* À lire, notamment, le superbe ouvrage pourtant humblement nommé <em><a href="http://www.blogg.org/blog-73654-date-2008-06-24-billet-oscura_es_la_habitaci%C3%B3n_donde_dormimos__francesc_torres-827453.html" target="_blank">Sur la photographie</a> </em>de Susan Sontag, chez Christian Bourgois (collection &#8220;choix essais&#8221;, 1982).</p>
<p>**<em> &#8220;le travail à la plume de Chingrui Nie est impressionnant, par contre cette dose excessive de réalisme nuit par essence au dynamisme. Rapidement cette BD devient image d’Épinal, un peu attendue et fixe. &#8221; </em>dit par exemple un camarade de bavardage, Skulking, sur <a href="http://www.skulking.fr/livres/juge-bao-et-le-phoenix-de-jade/" target="_blank">son propre blog</a>.</p>
<p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8211;</p>
<p><a href="http://www.kochipan.org/article-interview-xu-ge-fei-61127196.html" target="_blank">Ici</a>, l&#8217;interview de XU Ge Fei, l&#8217;éditrice.</p>
<br />  <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/gouffreausucre.wordpress.com/212/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/gouffreausucre.wordpress.com/212/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/gouffreausucre.wordpress.com/212/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/gouffreausucre.wordpress.com/212/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/gouffreausucre.wordpress.com/212/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/gouffreausucre.wordpress.com/212/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/gouffreausucre.wordpress.com/212/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/gouffreausucre.wordpress.com/212/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/gouffreausucre.wordpress.com/212/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/gouffreausucre.wordpress.com/212/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/gouffreausucre.wordpress.com/212/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/gouffreausucre.wordpress.com/212/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/gouffreausucre.wordpress.com/212/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/gouffreausucre.wordpress.com/212/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=gouffreausucre.wordpress.com&amp;blog=22942104&amp;post=212&amp;subd=gouffreausucre&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<item>
		<title>La Geste de Rat-Man (IV &amp; conclusion)</title>
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		<pubDate>Fri, 20 May 2011 07:03:54 +0000</pubDate>
		<dc:creator>colvillepetipont</dc:creator>
				<category><![CDATA[dans le texte]]></category>
		<category><![CDATA[La Geste de Rat-Man]]></category>
		<category><![CDATA["je suis ton père luke"]]></category>
		<category><![CDATA[Autofiction]]></category>
		<category><![CDATA[fumetti]]></category>
		<category><![CDATA[Leo Ortolani]]></category>

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		<description><![CDATA[La quête identitaire de Rat-Man Réalité et légende Revenons sur cette idée de réalité et légende, puisque le personnage de Rat-Man oscille sans cesse entre les deux. Pour commencer, je voudrais faire quelques remarques sur les histoires, d’une façon générale. Il existe deux grands types d’histoires : celles revendiquant un certain « réalisme », préférant des sujets de [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=gouffreausucre.wordpress.com&amp;blog=22942104&amp;post=123&amp;subd=gouffreausucre&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>La quête identitaire de Rat-Man</strong><br />
<em>Réalité et légende</em></p>
<p>Revenons sur cette idée de réalité et légende, puisque le personnage de Rat-Man oscille sans cesse entre les deux. Pour commencer, je voudrais faire quelques remarques sur les <em>histoires</em>, d’une façon générale. Il existe deux grands types d’histoires : celles revendiquant un certain « réalisme », préférant des sujets de la vie de tous les jours, des dilemmes humains, et celles préférant l’évasion, l’aventure et les effets spéciaux. Souvent celles du premier type, laissent sous-entendre que « l’évasion », c’est pour les idiots. Et celle du second type, que le réalisme, c’est ennuyeux. <a href="http://gouffreausucre.files.wordpress.com/2011/05/rm641.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-144" title="rm64" src="http://gouffreausucre.files.wordpress.com/2011/05/rm641.jpg?w=604" alt=""   /></a>Parfois, on mélange un peu les deux. Mais la plupart du temps, qu’elles soient d’un type ou de l’autre, ces histoires fonctionnent en cercle fermé. Elles existent pour elles-mêmes, comme cloisonnées dans leurs univers. Il arrive que certaines œuvres brisent la mince frontière entre la réalité et la fiction, qu’elles mettent en scène un dialogue entre les deux, ou brouillent les repères. Certaines d’entre elles tentent même de nous donner des clefs nous permettant potentiellement d’agir ensuite sur la réalité<a title="" href="/Documents%20and%20Settings/Ineta/Desktop/Rat-Man-ii.doc#_ftn1">[1]</a>, ce qui n’est déjà pas mal.</p>
<p>Cependant, peu de fictions questionnent réellement notre besoin d’histoires. C’est un fait : nous, les êtres-humains, pris dans nos existences uniques (et pas toujours drôles), avons nécessité de vivre d’autres vies potentielles. Nous nous y évadons, puis revenons, saufs, dans notre propre réalité. Dans le meilleur des cas, elles nous on apporté quelque chose, nous on inspiré. Or, elles peuvent malheureusement faire quelques dégâts : pour certains, le retour à la réalité pourra paraître un peu tristounet, voire morose, en comparaison des aventures épiques vécues aux côtés de beaux héros à la morale irréprochable. Pas la peine d’avoir fait une double thèse en sociologie et psychologie pour savoir que nous sommes cernés de nerds, geeks, otakus, collectionneurs maniaques, solitaires pathétiques et autres nolife, dont nous faisons éventuellement partie. Qui, produisant la pâture de tous ces handicapés de la vraie vie, se soucie réellement de ce qu’il leur arrive, ensuite ? Jusqu’à maintenant j’ai connu peu de fictions se préoccupant de ce qu’il pouvait bien advenir de nous, lecteurs (et/ou spectateurs), une fois que l’histoire était terminée.</p>
<p>Il y a au moins deux séries qui ont, chacune à leur façon, proposé un ensemble de métaphores et de discours allant dans ce sens : <em>Buffy contre les vampires</em>, de Joss Wheddon (7 saisons, 1997-2003) et <em>Neon Genesis Evangelion</em>,<em> </em>de Hideaki Anno<a title="" href="/Documents%20and%20Settings/Ineta/Desktop/Rat-Man-ii.doc#_ftn2">[2]</a> (26 épisodes, puis deux films, 1996-1997). La première grâce à de nombreuses métaphores sur l’adolescence et le passage à l’âge adulte, ainsi qu’une importante prise en compte des défis de la vie réelle, en dépit de la simple histoire de vampires, qui en ont fait un véritable accompagnement du téléspectateur. La deuxième, en utilisant tous les codes primaires du shojo, filles sexy, robots, combats, pour attirer les otakus en masse, puis tout déconstruire, jusqu’à un final incroyable, qui disait implicitement : tout ceci n’était qu’une histoire, ne t’y réfugie pas, va, va vivre la vie. Les deux séries sont donc des pièges à adolescents (voire même à post-ados, ou « adulescents »), utilisant des stéréotypes rassurants. Et elles pourraient se contenter d’être de simples histoires d’évasion, ne pas aller plus loin. Or, on sent réellement, autant dans l’une que l’autre, une véritable préoccupation de la part des réalisateurs pour leur public.</p>
<p><em>Un auteur redevable</em></p>
<p>Eh bien, je crois qu’il en est de même pour <em>Rat-Man</em>. On remarquera, pour commencer que Leo Ortolani, toujours conscient de sa chance, et par là-même redevable à ses lecteurs, prend le temps de leur répondre avec attention, dans le courrier des lecteurs du magazine. Ensuite, et c’est assez notable, il ne les prend pas pour des cons. Le lectorat de <em>Rat-Man </em>se compose pour bonne partie d’ados et d’enfants. Pourtant, malgré la tête rigolote du personnage, il s’agit d’un <em>fumetto</em> particulièrement adulte. Leo y parle de tout : de la mort, de la religion, de la guerre, de la pornographie, de l’égoïsme, de la pauvreté, d’adultère (la femme de l’inspecteur Brakko le trompe régulièrement), de prostitution… Au début du numéro 57 (TRM30), c’est Cinzia qui s’adresse à nous ainsi : « Je m’appelle Cinzia et je suis un transsexuel ! » Une voix extérieure la coupe soudain : « Mademoiselle Cinzia… il y a des <em>enfants</em> qui lisent ce magazine. » Et elle de reprendre : « Oh, pardon… Bonjour, les enfants ! Je m’appelle Cinzia et je suis un transsexuel. » Avant de continuer ainsi : « Je suis ici pour vous parler des origines de Rat-Man (…) Alors, vous devez savoir que du temps où je me prostituais… », et d’être de nouveau coupée. Ce simple extrait est exemplaire, non seulement de l’humour de l’auteur, mais surtout de sa façon de déjouer les tabous, considérant de plus que ses lecteurs sont assez malins pour ne pas être choqués.</p>
<p><em>Un contre-exemple</em></p>
<p>Mais ça n’est pas tout. Revenons maintenant sur le personnage de Rat-Man, rappelons-le, peureux, égoïste, narcissique, faiblichon, petit, sans pouvoir particulier, et qui n’est finalement un « super héros » que parce qu’il en a décidé ainsi, revêtant ce ridicule costume jaune. Dans l’épisode « El Re e Io » (RM33 / TRM18), El Re, ou « The King », c’est-à-dire, Jack Kirby, explique à notre héros les secrets du <em>comic </em>de super héros, notamment : « Les héros de bande dessinée sont des exemples <em>positifs</em> pour les lecteurs… Ainsi dans les histoires, s’étalent leurs mérites, leurs qualités ! Tandis que leurs misères, leurs limites humaines ne sont pas considérées. As-tu déjà vu un personnage de BD faire caca ? » Même si cette description est un peu radicale, il est vrai que le héros, d’une façon générale, est plus souvent mis en valeur. Pensons à Tintin, à Superman, à Spider-Man, même à San Goku dans <em>Dragon Ball </em>(où l’on voit pourtant, à l’occasion, certains personnages faire caca), voire Harry Potter ou Luke Skywalker, pour sortir de la BD. Chacun d’entre eux est systématiquement plutôt le personnage qu’on veut être. C&#8217;est-à-dire celui droit, moral, fort, et qui même s’il présente parfois quelques « limites humaines », le fait de façon à toujours mettre en avant, au final, son côté héroïque d’exemple à suivre. Ce genre de figure archétypale, si elle exalte, certes, un instant toutes ces valeurs, pouvant éventuellement nous inciter à suivre ce chemin, peut aussi, au bout d’un moment, commencer sérieusement à agacer, si ce n’est à écraser piteusement le lecteur, celui-ci ne se sentant définitivement pas à la hauteur. Certes, on a inventé l’anti-héros. Celui un peu immoral, rebelle, qui ne respecte pas toujours les règles… mais celui-ci reste la plupart du temps imposant et malgré tout héroïque. Même un personnage pathétique du type de <em>Don Quichotte </em>(et ses descendants plus contemporains) a toujours quelque chose de noble.</p>
<p>Rat-Man, lui, est exactement l’opposée du héros. Je crois qu’en cela il est plus effectif que n’importe quel exemple parfait à suivre. Parmi les running gags que Leo affectionne (avec les blagues sur les aveugles) il y a celui du SDF : Rat-Man en croise de nombreux, qui quémandent une malheureuse piécette, et que fait-il ? Par exemple, dans RM64, où Deboroh a abandonné son costume, on le trouve en pleine refléxion : « Moi, Deboroh la Roccia, l’homme sous le masque, j’étais vivant. C’était ce qui comptait, non ? Vivre à tout prix ! Parce que, même si je n’étais plus Rat-Man, je pouvais aussi aider les autres de mille manières ! Par exemple, je pouvais… je pouvais… » Arrive alors un malheureux : « – S’il vous plaît, une pièce pour manger… – Disparais ! Tu vois pas que je pense ? » Le malheureux s’en va. Deboroh replonge dans ses pensées : « Ce n’est pas facile d’aider les autres quand les pauvres te dérangent. » On pourrait imaginer que des mamans conservatrices démentes aient attaqué Panini et l’auteur pour diffusion d’idées et valeurs allant contre la bienséance. Pourtant je suis certain que ce genre de blague amène beaucoup plus de lecteurs à donner une pièce dans la rue, qu’une scénette avec sa moralité du type : « Il faut toujours aider son prochain, c’est bien. » La série entière présente le personnage de Rat-Man dans des situations semblables, toujours très drôles, mais qui jamais n’aboutissent à une parfaite <em>catharsis</em>, bien au contraire. En cela, les histoires de Rat-Man me paraissent avoir plus d’effet que refermant univers et intrigues de façon sécurisante.</p>
<p><em>Projection identitaire</em></p>
<p>Rat-Man est donc ce personnage, aussi amusant que bon à baffer, qui se projette sans cesse en héros épique et grandiose. Celui qui, voyant Superman, n’en conçoit que le moment héroïque de triomphe. Sans jamais en comprendre l’essence, c’est-à-dire, sans jamais chercher réellement à mériter ce moment de triomphe. Celui qui voudrait sauter d’un immeuble à un autre, par magie, sans avoir auparavant appris à le faire. Son maître, Il Pipistrello, aura beau lui souffler de sages conseils, quasiment rien n’y fera. Remarquons ici une chose : il m’a toujours paru que Batman avait une particularité importante, celle du masque comme véritable identité, Bruce Wayne n’étant lui qu’une façade masquant elle le secret. À la différence de tous les autres personnages majeurs, tels que Superman ou Spider-Man, pour lesquels leurs alter egos humains, Clark Kent et Peter Parker, ont autant droit de cité, et enrichissent émotionnellement les héros. Batman semble, lui, avoir laissé mourir le jeune Bruce, avec ses parents, dans cette ruelle sombre et n’être plus que le héraut de la justice devant être rétablie. À l’instar de son inspiration, Rat-Man, pour des raisons très différentes oublie carrément son identité. Arcibaldo, son majordome, devant même à plusieurs reprises la lui rappeler. Dans « The R-File » (RM6 / TRM4) les inspecteurs Fax Tolder et Nanas Kelly (ressemblant à s’y méprendre au duo d’une certaine série à succès) enquêtent d’ailleurs sur l’identité de Rat-Man, allant jusqu’à cuisiner l’auteur, finissent par découvrir que ce dernier ignore encore le véritable nom de sa création.</p>
<p>En somme Deboroh n’existe pas, et il faudra attendre de nombreux numéros avant de voir enfin ce nom apparaître pour la première fois. Le fait et que Rat-Man, vivant dans une sorte de délire, a comme rejeté cette identité qui ne lui convient pas, car n’étant pas à la hauteur de ses aspirations. Selon moi, il faut voir ici une métaphore à plusieurs niveaux : il y a d’une part, Rat-Man et Deboroh, le niveau 1, disons, l’histoire à prendre au premier degré (en acceptant qu’on puisse prendre les aventures de Rat-Man à un quelconque premier degré), à la recherche de son identité (ou la fuyant, selon les épisodes). Puis, niveau 2, une projection, en quelque sorte de son auteur, à la recherche de son identité (ou la fuyant, selon les épisodes). Et, niveau 3, celui que j’appellerais « de la connivence », une projection du lecteur.</p>
<p><em>Une bande dessinée sur le lecteur de bandes dessinées</em></p>
<p>Reprenons : tout d’abord, n’oublions pas que la série s’adresse, en premier lieu (à l’instar de <em><a href="http://www.lexpress.fr/culture/tele/pourquoi-buffy-contre-les-vampires-a-change-le-monde_931633.html" target="_blank">Buffy contre les vampires</a> </em>et <em><a href="http://ukhbar.blogspot.com/2010/08/evangelion.html" target="_blank">Neon Genesis Evangelion</a></em>) à un lectorat particulier, celui consommant en majorité des <em>comic </em>de super héros. De quoi est composé ce lectorat (de façon certes caricaturale, mais malgré tout assez proche de la réalité) ? Adolescents, gamins, puis nerds et geeks en tout genre, grands mecs de trente à quarante ans restés bloqués tardivement dans l’adolescence. En clair, le lectorat type collectionnant des centaines de <em>comics</em>, peut-être même des figurines dérivés de ces mêmes <em>comics</em>, allant dans les festivals, participant éventuellement à des cosplays<a title="" href="/Documents%20and%20Settings/Ineta/Desktop/Rat-Man-ii.doc#_ftn3">[3]</a>, se réunissant dans des <em>comic shop </em>ou <em>fumetterie</em>… Un public prompt à fuir la réalité et se réfugier dans des univers aussi fantaisistes que rassurant. Leo Ortolani n’est pas bête, il sait bien à qui il s’adresse, puisqu’il fait lui-même partie de cette faune.</p>
<p>Il revient non sans ironie sur ce sujet dans RM75, où il se met en scène aux côtés de quelques confrères, dont Ade Capone, Tito Faraci et Massimo Bonfatti<a title="" href="/Documents%20and%20Settings/Ineta/Desktop/Rat-Man-ii.doc#_ftn4">[4]</a>, suivant les séances d’un club d’auteurs de BD anonymes. Le but de ces séances étant évidemment de parvenir à, enfin, distinguer la réalité du fantasme, et au bout du compte, abandonner définitivement ce travail pathologique qu’est celui de réaliser des bandes dessinées. Question sous-jacente : Leo peut-il exister en tant qu’individu, sans se réfugier dans ce monde intérieur qu’il a créé ? Et par extension : toi, lecteur, collectionneur compulsif, peux-tu exister en tant qu’individu sans ces univers fictifs dans lesquels tu t’évades ?</p>
<p>Narrativement, un procédé intéressant lie ces trois entités, personnage / auteur / lecteur : la plupart des histoires de <em>Rat-Man</em> sont racontées par un « Je » qui, au premier abord est évidemment Rat-Man lui-même commentant ses aventures. Pourtant, à de nombreux moments, ce « Je » devient presque incertain : ici, un commentaire à la première personne fait référence à « ma femme » (Rat-Man étant célibataire, et Leo Ortolani marié) ; là, un épisode est introduit ainsi : « Certaine fois les choses ne se passent pas comme on l’aurait voulu. Moi, j’espérais devenir un bon auteur de BD », avant que la suite de la narration, toujours avec ce même « Je », soit passée de façon très claire au personnage Rat-Man. Cela est un peu à l’image de ce qui se passe dans la « trilogie manga », où ce sont les personnages qui eux doivent décider de ce qui se passera dans les nouveaux épisodes. À plusieurs reprises dans la série, c’est donc Rat-Man lui-même, qui se retrouve confronté à cette question angoissante de : que va-t-il advenir maintenant ? C’est lui qui incarne un « personnage débutant » allant rencontrer ses idoles, les « héros à succès », plutôt que Leo Ortolani, « auteur débutant », rencontrant ses propres idoles, eux « auteurs à succès ». Ainsi les repères d’identification sont souvent brouillés.</p>
<p>Il en résulte, qu’à travers le personnage de Rat-Man, on peut y voir presque tout le monde. Lui-même, entretient des habitudes et des obsessions qui le rapprochent tant de l’auteur que du lecteur : en clair, son désir d’être un super héros (et par conséquent vivre dans un fantasme, puisque rien en dehors du costume et des collants ne peux lui permettre de vraiment prétendre à ce poste) semble à la fois métaphore de Leo, créant des histoires pour fuir la réalité que du lecteur, se réfugiant dans ces mêmes histoires.</p>
<p>Oui, Rat-Man a souvent un rôle ridicule, un peu méprisable. Mais, malgré tout, on s’attache au personnage et à ces défauts. Certainement parce que le lecteur a quelque part conscience que ces défauts sont aussi les siens. Poussés à l’extrême, certes, chez le personnage, mais cependant, caricatures référant à des faits. À la différence du personnage du faire valoir, qui met en lumière les qualités du héros parfait, et dont on rit gentiment, on rit ici dans une sorte de connivence. Puisque comme on l’a dit, Rat-Man est aussi Leo Ortolani. Disons les choses mieux : Rat-Man est en fait le point où se rejoignent les préoccupations et les angoisses à la fois de l’auteur, et à la fois des lecteurs. Pour exemple, dans la trilogie de « La Gatta » (RM23 à 25 / TRM13&amp;14 / RMC12&amp;13), on trouve un Rat-Man bel obsédé sexuel, essayant de se défaire de sa manie pour les magazines et calendriers de filles à poil. Les situations,  parfois grossières, où Rat-Man se réfugie chez lui, avec son calendrier de La Gatta, bien décidé à ne pas y toucher, pour finalement y revenir, puis le reposer, puis le reprendre et enfin regarder une à une chaque image, les yeux exorbités, ces situations sonnent vraies. Et si le lecteur rit, ce n’est pas d’une position extérieure, supérieure et rassurante : le lecteur sait que c’est lui qui est mis en scène. Mais l’on comprend que l’auteur n’est pas loin, que lui aussi est caché quelque part derrière ce personnage.</p>
<p><em>Les défis de la vie réelle</em></p>
<p>Encore et toujours, c’est cette même thématique que brode, petit à petit, l’intégralité de la série : le rapport qu’entretient le personnage de Rat-Man (et par son prisme, le lecteur et l’auteur) avec la réalité. Quand se réfugie-t-il dans des fictions (qu’elles soient celles des super héros ou celles où les filles n’ont plus, ou si peu, d’habits) ? Quand affronte-t-il les défis de la vie réelle ? Et c’est comme si, sans jamais juger, Leo disait à ses jeunes lecteurs : « Oui, je sais comment c’est, je sais pourquoi tu lis ce <em>comic</em>, je sais pourquoi tu t’y réfugies, je sais pourquoi tu as ces magazines pornos cachés sous ton lit. Je sais, et je comprends. Mais regarde, mets un pied dehors, car, ça, ce ne sont que des histoires. »</p>
<p>En ce sens, plusieurs des aventures de Rat-Man le montrent plus jeune, dans ses années de formation, celles où il n’était encore que Marvel Mouse, et où Il Pipistrello lui enseignait ses secrets. Rappelons-le, Deboroh voudrait être un héros, un peu comme ces ados qui veulent être célèbres. Je me rappelle, que plus jeune, lors d’une randonnée gentillette, où mon père nous avait amenés mon frère et moi, à peine descendu de voiture, ayant faits quelques pas et devant traverser par un endroit où trainaient quelques ronces, je commençais à pleurnicher. Mon père me dit alors : « Eh bien, je croyais que tu voulais de l’aventure ! » Ce à quoi je répondais : « Oui, mais je voulais de la vraie aventure, comme dans <em>Indiana Jones </em>! » Comprendre : je voulais de l’aventure grandiose, épatante, et surtout facile. C’est ce sentiment que je retrouve précisément dans le personnage de Rat-Man, auquel son maître essaye pourtant de faire comprendre deux ou trois choses. Ici, il tombe sur une photo de l’ancien costume de son maître : « C’était le costume du Pipistrello ? Il n’est pas comme dans les BD. » Et le maître de répondre : « La vie entière est différente de ce que tu vois dans les BD. » (in RM20 / TRM11). Ça n’a l’air de rien, et pourra peut-être même faire penser à certains à de la philosophie de comptoir, pourtant, c’est ce que répète sans cesse le <em>fumetti </em>de Leo Ortolani. Et cela par le simple fait que finalement, le principal défi du héros n’est pas tant celui d’affronter ses ennemis. On l’a dit, plusieurs fois, c’est Cinzia qui vient à sa rescousse. Dans son combat contre Il Drago (incarnation de l’invasion manga ; RM20), c’est L’Uomo con il costume da Ragno qui vient s’interposer avant qu’il soit trop tard. Dans le numéro 71, <em>Ratto II – La  Vendetta</em>, ce n’est pas Rat-Man, mais son double, Ratto, qui élimine les terroristes. Non, Deboroh, lui ne semble finalement avoir comme seul réel combat, que celui de se trouver et de se construire.</p>
<p>Et cette construction passe à la fois dans cette projection du personnage en Rat-Man, que dans l’acceptation de son identité de Deboroh. Il Pipistrello, apprenant au jeune Marvel Mouse à sauter de toit en toit, lui répète que s’il tombe, il doit se relever. Dans RM69, après une lamentable chute (une de plus), il le félicite pourtant ainsi : « Un beau vol ! Je m’émerveille que tu t’en sois relevé. Allez, retourne là-haut et réessaye. » C’est encore lui, qui quelques pages plus tôt, dans un passage un peu mystique, alors qu’il affronte l’Ombre (Janus Valker, son père, en quelque sorte définitivement passé du « côté obscur »), lui montrant sa propre lumière intérieure, lui dit ceci : « Tu ne dois pas avoir peur de la vérité. Accepter ce que nous sommes nous donne la force de faire des choses incroyables. »</p>
<p><em>Je (ne) suis (pas) ton père</em></p>
<p>Ça n’est pas pour rien si aux côtés du héros se trouvent Brakko et Cinzia. Le premier, ignore, ou plus exactement fait semblant d’ignorer que sa femme le trompe (l’épisode <em>Il Primogenito</em>, in RM36 / TRM19, joue très bien avec cette idée). Quand à Cinzia, transsexuelle, éternellement amoureuse de son Ratty, qui ne voudra pourtant jamais d’elle, elle incarne à merveille ce problème identitaire inhérent à la série.</p>
<p>Il est amusant de voir que le prénom de Deboroh n’apparaît que tardivement<a title="" href="/Documents%20and%20Settings/Ineta/Desktop/Rat-Man-ii.doc#_ftn5">[5]</a>. Amusant que celui-ci tente d’abandonner son costume, sans succès. Comme s’il devait le porter pour avoir une identité propre. Identité qu’il recherche à travers ses pères adoptifs : que ce soit Il Pipistrello ou Il Lupo, qui lui l’aura d’ailleurs manipulé et contre qui il se battra (RM3&amp;4 / TRM3), comme essayant de « tuer le père ». Amusant que ce soit finalement Janus qui l’élimine. Janus Valker est encore une figure intéressante, puisque qu’à l’instar d’un Darth Vader, il est l’ennemi juré du héros, en en étant le père. Sauf que, l’on découvre dans RM33, que ce n’est pas le cas. L’organisme dirigé par l’homme à la capuche ayant tout monté pour que celui-ci porte un intérêt au héros. <a href="http://gouffreausucre.files.wordpress.com/2011/05/rm76.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-145" title="rm76" src="http://gouffreausucre.files.wordpress.com/2011/05/rm76.jpg?w=604" alt=""   /></a>C’est en tombant sur des dossiers secrets que Janus découvre pourtant que le vrai père est un certain monsieur La Roccia, père d’une ribambelle de gamins qu’il confond tous. Ce sera tout de même Janus qui dira ceci à celui qui restera, symboliquement, son fils, troublant une fois de plus les repères : « L’homme à la capuche n’existe pas. Il n’a jamais existé. T’es tu jamais demandé pourquoi ? Pourquoi voulait-il tant que tu fasses le super héros ? Parce que tu l’as voulu, toi. C’est toi, mon garçon, ton homme à la capuche. » Autrement dit : tu es et sera ce que ta volonté te fera faire.</p>
<p>Comme je le disais un peu plus haut, la continuité narrative de la série est un beau bordel de chronologie. Mais l’impression générale est un peu celle d’une enquête ou d’un travail généalogique. C&#8217;est-à-dire que le récit – en grand, en considérant la série dans son entièreté – est celui de la reconstitution de ce qui s’est passé pour en arriver à ce que Deboroh soit Rat-Man. Cette reconstitution, petit à petit, s’apparentant elle-même à une sorte de quête intérieure du héros pour affirmer son identité. Et c’est ce qui fait la force de la série : elle est sa propre justification. Elle est elle-même sa propre vie, elle se raconte tout en racontant. Elle est une histoire – autant celle de Rat-Man devenant super héros, que celle de <em>Rat-Man </em>devenant un <em>fumetto </em>à succès, que celle de Leo devenant auteur – qui acquiert sa véracité dans son énonciation.<br />
<strong></strong></p>
<p><strong>En fin de conte</strong></p>
<p>Bien plus que juste une parodie, <em>Rat-Man</em> serait à placer aux côtés de <em>Bone</em> ou de <em><a href="http://http://forum.superpouvoir.com/showthread.php?t=1246/" target="_blank">Cerebus</a></em>, pour le souffle épique avec petits personnages rigolos, et de <a href="http://www.gocomics.com/toomuchcoffeeman/2010/05/03" target="_blank"><em>Too Much Coffee Man</em> </a>(un autre incontournable de l&#8217;humour décalé) pour ses gags intelligents, du genre qui révèlent les faiblesses des êtres-humains et l&#8217;absurdité de l&#8217;existence. Et donc, de <em>Buffy contre les vampires </em>et <em>Neon Genesis Evangelion</em> pour les raisons explicitées plus haut. On pourra s’étonner que Panini n&#8217;ai pas eu la bonne idée d&#8217;en publier une V.F.<a title="" href="/Documents%20and%20Settings/Ineta/Desktop/Rat-Man-ii.doc#_ftn6">[6]</a>, et seuls les curieux maitrisant un peu l&#8217;italien pourront comprendre, en vrai, ce que j’ai défendu ici.</p>
<p>Il m’est cependant apparu quelque chose lors de la rédaction de cet article : une partie de la force de la série réside dans son historique éditorial. Ce contexte, celui de Leo géologue, l’auto-édition, puis le magazine chez Panini, le succès, le jeu continuel à l’intérieur même de la série sur ce succès… tout semble participer à l’aura du <em>fumetto</em>. L’expérience qui a été la mienne est peut-être d’ailleurs celle de tous les nouveaux lecteurs découvrant la série sur le tard : il suffit d’en ouvrir un des numéros pour être immédiatement happé dans son univers. Celui-ci semblant en expansion éternelle, chaque épisode ouvre des portes vers tous les autres, exerçant une étrange fascination. Pour peu qu’on soit un sujet facile à l’addiction, on est vite foutu, puisque c’est dans sa totalité que s’envisage la série et prend son sens.</p>
<p>En y réfléchissant bien, il s’avère peu évident de présenter la série à un public français (ou autre) : elle pourrait au premier abord sembler une énième parodie, une petite BD rigolote de plus. Comment recréer le contexte éditorial, l’interaction qui a été celle que Leo a entretenue avec ses lecteurs ? Comment en souligner la singularité en regard de la production italienne ? C’est peut-être, un des prochains défis que devra relever, non pas Leo, mais Marco M. Lupoi, de Panini Comics.</p>
<p>Quant à Leo, garçon lucide et honnête, il a annoncé il y a maintenant un bon moment que la série se terminerait au numéro 100<a title="" href="/Documents%20and%20Settings/Ineta/Desktop/Rat-Man-ii.doc#_ftn7">[7]</a>, en 2014 (25 ans après la création du personnage). Il a certes avoué récemment<a title="" href="/Documents%20and%20Settings/Ineta/Desktop/Rat-Man-ii.doc#_ftn8">[8]</a> qu’en raison de ses nombreuses idées, ce chiffre pourrait éventuellement ne pas être tout à fait exact. Reconnaissons lui en tout cas ça, d’avoir à l’avance décidé d’une fin. Ce qui n’a pas toujours été le cas avec les séries à succès (de <em>Garfield</em> à <em>Asterix</em>, en passant par ces pauvres <em>Black &amp; Mortimer</em>, et ce malheureux <em>Spiderman,</em> combien d’albums de trop ?). Mais que les jeunes lecteurs se rassurent : si Leo met un jour fin à sa saga, il est certain que la présence en kiosques et <em>fumetterie</em> de très nombreuses rééditions est assurée d’avance. D’ici là, il est toujours temps de s’amuser à faire des hypothèses sur cette fin certainement aussi attendue que redoutée (La mort de Rat-man ? Deboroh abandonnant définitivement son costume et partant, enfin affronter la vie, pour de vrai ?). Et quant à moi, je file à la recherche des <a href="http://www.paninicomics.it/web/guest/search_product?p_p_id=ns_negozio_searchItem_WAR_nsnegozio_INSTANCE_pzwm&amp;p_p_lifecycle=1&amp;p_p_state=normal&amp;p_p_mode=view&amp;p_p_col_id=column-1&amp;p_p_col_count=1&amp;_ns_negozio_searchItem_WAR_nsnegozio_INSTANCE_pzwm__spage=%2Fportlet_action%2FdisplayItem%2FviewSearch" target="_blank">numéros qui me manquent</a>. Comme si ma pauvre bibliothèque déjà bien encombrée avait besoin de ça.</p>
<p style="text-align:center;"><strong><em>FIN</em></strong></p>
<p style="text-align:center;"><em>de l&#8217;épisode</em></p>
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<hr align="left" size="1" width="33%" />
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<p><a title="" href="/Documents%20and%20Settings/Ineta/Desktop/Rat-Man-ii.doc#_ftnref1">[1]</a> C’est, en le disant vite fait, le principe de l’utopie : utiliser l’imagination, non pas pour une simple évasion béate, mais en tant que projection de ce que <em>pourrait </em>être le réel.</p>
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<p><a title="" href="/Documents%20and%20Settings/Ineta/Desktop/Rat-Man-ii.doc#_ftnref2">[2]</a> <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Hideaki_Anno">Hideaki Anno</a>, ancien otaku (au Japon : type cloitré chez lui et s’adonnant obsessionnellement à des activités telles que lire des mangas, regarder des séries, collectionner des figurines, jouer à des jeux vidéo) plus ou moins repenti, a d’abord sombré dans un <em>trouble borderline </em>qui l’amena à plusieurs tentatives de suicide. En quelque sorte, et de façon déroutante par rapport au propos initial de la série, <em>Neon Genesis Evangelion</em> se révèle, lors de ses épisodes finaux, être une grande métaphore sur la façon dont Anno est, lui, sorti de cette période difficile. Elle encourage le spectateur, logiquement lui aussi otaku propice à sombrer dans ce même trouble, à sortir de chez lui, vivre et se confronter à autrui.</p>
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<p><a title="" href="/Documents%20and%20Settings/Ineta/Desktop/Rat-Man-ii.doc#_ftnref3">[3]</a> Dans les festivals de BD, ou d’animation, grands rassemblements où le public de fans défile, portant des costumes aux couleurs de leurs héros favoris. Il y a des concours où l’on vote pour les plus fidèles aux personnages origninaux.</p>
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<p><a title="" href="/Documents%20and%20Settings/Ineta/Desktop/Rat-Man-ii.doc#_ftnref4">[4]</a> Ade Capone a travaillé chez divers éditeurs, dont Sergio Bonelli, avant de créer pour Star Comics le personnage Lazarus Ledd, qui connu un succès comparable à celui de Dylan Dog, et dont il assura la plupart des scénarios. Tito Faraci, lui, a scénarisé de nombreux épisodes de, entre autres, <em>Topolino</em>, <em>PK : Paperinik New Adventures</em>, <em>Dylan Dog</em>, <em>Martin Mystère</em>, <em>Lupo Alberto</em>, <em>Diabolik</em>… et même <em>Daredevil, Captain America </em>ou <em>Spider-Man </em>! Quant à Massimo Bonfatti, il a travaillé dans les années 80 pour <em>Pif Gadget</em>, puis dessiné dans <em>Lupo Alberto </em>et <em>Cattivik </em>(autre création de Giudo Silvestri – cf. note 17), avant de créer en 2007, avec Claudio Nizzi, le personnage de Leo Pulp, protagoniste d’une série de polar parodique ; il réalise aussi une des histoires de <em>Rat-Man</em>, dans le numéro 48, « Rat-Man &amp; Friends ».</p>
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<p><a title="" href="/Documents%20and%20Settings/Ineta/Desktop/Rat-Man-ii.doc#_ftnref5">[5]</a> Dans le numéro 30, visiblement. On notera que jusque là, seul Arcibaldo, son majordome, semblait en mesure de se rappeler de ce prénom (in RM1 / TRM1 : « La seule personne à connaître l’identité de Rat-Man est son majordome. »), tandis que Rat-Man lui-même l’avait oublié.</p>
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<p><a title="" href="/Documents%20and%20Settings/Ineta/Desktop/Rat-Man-ii.doc#_ftnref6">[6]</a>  Une adaptation en français du tout premier épisode a été réalisée par François Corteggiani (!).  Cependant, il faut croire qu’elle n’a été diffusée que sous le manteau, plutôt pour l’amour de l’art.</p>
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<p><a title="" href="/Documents%20and%20Settings/Ineta/Desktop/Rat-Man-ii.doc#_ftnref7">[7]</a> Et, comme à chaque fois, avec ces éléments extérieurs tels que le dessin animé ou le fait que Leo ait été géologue, cela devient un running gag auto-référencé à l’intérieur de la série.</p>
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<p><a title="" href="/Documents%20and%20Settings/Ineta/Desktop/Rat-Man-ii.doc#_ftnref8">[8]</a> Dans l’interview accordée au site VibrArte et publiée le 23 novembre 2009 : <a href="http://www.vibrarte.ilcannocchiale.it/">http://www.vibrarte.ilcannocchiale.it/</a>.</p>
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		<title>La Geste de Rat-Man (III)</title>
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		<pubDate>Thu, 19 May 2011 11:56:50 +0000</pubDate>
		<dc:creator>colvillepetipont</dc:creator>
				<category><![CDATA[dans le texte]]></category>
		<category><![CDATA[La Geste de Rat-Man]]></category>
		<category><![CDATA[Jack Kirby]]></category>
		<category><![CDATA[Leo Ortolani]]></category>
		<category><![CDATA[metafumetti]]></category>

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		<description><![CDATA[« Metafumetti », métaphores et paraboles  Brouiller les frontières Une des préoccupations majeures de Leo Ortolani réside dans une perpétuelle remise en question de la fiction. Brouillant sans cesse les frontières entre son univers fictif et une prétendue réalité (la sienne, celle de l’auteur), il se met à plusieurs reprises en scène dans les pages de sa [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=gouffreausucre.wordpress.com&amp;blog=22942104&amp;post=112&amp;subd=gouffreausucre&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>« Metafumetti », métaphores et paraboles</strong></p>
<p><strong> </strong><em>Brouiller les frontières</em></p>
<p>Une des préoccupations majeures de Leo Ortolani réside dans une perpétuelle remise en question de la fiction. Brouillant sans cesse les frontières entre son univers fictif et une prétendue réalité (la sienne, celle de l’auteur), il se met à plusieurs reprises en scène dans les pages de sa BD. Conscient de sa chance, et de la chaise (en équilibre audacieux) sur laquelle il est assis, il rappelle sans cesse que tout ça n’est qu’une histoire, qui pourrait d’ailleurs ne pas exister. Dans une scène de l’épisode « La Squadra Segreta ! »<a href="http://gouffreausucre.files.wordpress.com/2011/05/rmc3.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-138" title="rmc3" src="http://gouffreausucre.files.wordpress.com/2011/05/rmc3.jpg?w=604" alt=""   /></a>(RM4 / TRM3 / RMC3), alors que Rat-Man se prend une sévère dérouillée de la part du Lupo, assistant à la scène, un personnage que sa compagne appelle Leo crie : « Courage ! Pas maintenant ! Pas maintenant, bâtard ! Non ! Non ! Je ne veux pas retourner faire le géologue ! » Dans l’hexalogie courant des numéros 64 à 69 (TRM33 à 36), Deboroh (le véritable nom de Rat-Man, que l’on apprend assez tardivement dans la série) a rendu son costume, après avoir perdu toute sa fortune. Dans un moment délirant d’illumination, il réalise soudain qu’il existe un moyen pour lui de revenir sur le devant de la scène : avoir son propre dessin animé et par là-même sortir de nombreux produits dérivés extrêmement lucratifs. Dans le numéro 69, on voit les membres du fan club de Rat-Man se plaindre de la qualité de cette version animée. Amusant de voir que ces épisodes ont été réalisés seulement deux ans après la diffusion des premiers épisodes du <a href="http://www.youtube.com/watch?v=yBHaClqO9CU&amp;feature=relmfu" target="_blank">dessin animé</a> produit par la RAI. Celui-ci, après 28 épisodes passés à la télévision a été suspendu,  la totalité des 52 épisodes n’étant visible que sur les DVD de Panini Video. Ce, en partie en raison de l’apparition de Cinzia, qui avait été évincée du reste de la série. C’est celle-ci qui dans le numéro 59, offrant à Rat-Man un <em>comic </em>du célèbre Sorro (une sorte de Superman malgré son nom), lui disait : « Un jour, toi aussi tu seras célèbre comme Sorro ! Et on fera une BD sur toi ! Et un dessin animé ! Et au bout de trois semaines de diffusion, on la suspendra… ! »</p>
<p>Dans le numéro 47 (TRM25), « Scuola di fumetti », Rat-Man prend quelques vacances pour apprendre à faire de la bande dessinée. Dans « La Gabbia », une version alternative des personnages secondaires, en équipage d’aventuriers de l’espace, rencontrent le Rat-Man, alors qu’ils sont perdus sur une immense étendue blanche (une feuille de papier), et sont confrontés aux confins de la création, dans ce moment où il pourrait advenir d’eux de devenir les héros d’une bande dessinée. Ailleurs, dans plusieurs arcs narratifs, Rat-Man est confronté, lui, à la disparition des super héros, ou à l’invasion des personnages de manga (RM17 à 20 / TRM10&amp;11) qui risquent de le supplanter.</p>
<p>Né à la fin des années 80, pleines de désillusion, et qui ont eu comme conséquences directes sur les super héros la naissance de personnages et d’histoires plus sombres et désabusés, le personnage de Leo Ortolani semble cristalliser ces doutes. La série entière est finalement une série de super héros qui n’en est pas une. Peu de combats, peu d’actes héroïques. Plutôt une lutte effrénée pour survivre. Sans arrêt la question centrale est plutôt celle de croire ou pas : croire au héros, croire en soi, croire en la valeur de ses actes, croire que la série vaut le coup, croire en la vie… Je reviendrais un peu plus loin sur ces thèmes qui ont une grande importance dans la série, mais avant cela je voudrais approfondir sur le traitement <em>« metafumetti » </em>que Leo donne à sa série.</p>
<p><em>Une bande dessinée sur la bande dessinée</em></p>
<p>Dès le troisième épisode, apparaît Il Ragno, personnage qui réapparaitra par la suite dans plusieurs aventures. Il Ragno est une araignée qui un jour, se trouvant dans un laboratoire scientifique, fut mordu par un technicien ayant été exposé à de puissants rayons radioactifs. Ici, la blague référencée cite les origines de Spiderman (Peter Parker ayant, lui, été mordu par une araignée radioactive). Par la suite, possédant désormais les pouvoirs d’un être humain, Il Ragno trouve la bonne combine en faisant de son histoire un <em>fumetto </em>à succès, dont le numéro zéro sera publié en 27 versions différentes : « une avec la couverture métallisée, une avec le gadget, une à tirage limité, une spéciale pour la Lucca (grand festival de BD en Italie), la réimpression, celle avec la carte… » Il Ragno est donc la personnification du héros à succès et, dans ce troisième épisode, si Rat-Man le combat, c’est plus par jalousie (« On doit le remettre à la justice ! Il doit payer pour tous les lecteurs qu’il a arnaqués ! Vingt-sept versions de la même histoire… vingt-sept… ») que pour véritablement rendre la justice. On soulignera aussi le culot de l’auteur, puisque c’est entre autres grâce à cette histoire se moquant ouvertement des nombreuses versions que les éditeurs américains proposent de leurs héros afin de rentabiliser au maximum les personnages marchant auprès du public<a title="" href="/Documents%20and%20Settings/Ineta/Desktop/Rat-Man-ii.doc#_ftn1">[1]</a>. Il Ragno réapparait dans divers épisodes, dont « Il morso del Ragno » (RM35 / TRM19 / RMC19), où celui-ci se cache derrière une organisation à peine secrète, La Ragno, spécialisée dans la promotion des personnages de <em>comics</em>. À ce moment de la série, Rat-Man a subit quelques déconvenues qui ont vu son succès baisser, et le voilà qui s’adresse à cette société pour que celle-ci redore son image. Cette question du succès, qui met en abîme la série elle-même revient tout au long du <em>fumetto </em>de Leo Ortolani, comme un discours <em>« metafumettico »</em> sur son propre travail, s’amusant de la relativité et de la fragilité de sa situation d’auteur de bande dessinée.</p>
<p><em>Créateur et créature</em></p>
<p>Cette métaphore filée se retrouve dans plusieurs épisodes que j’oserais appeler, en interprétant à ma sauce, « la trilogie du créateur et de la créature ». Cette trilogie non-officielle, puisqu’elle n’est titrée ainsi à aucun moment, débuterait avec une autre trilogie, la « saga du clone »<a title="" href="/Documents%20and%20Settings/Ineta/Desktop/Rat-Man-ii.doc#_ftn2">[2]</a> (RM11 à 13 /TRM7&amp;8). Dans ces épisodes, face à son succès débutant, Rat-Man se fait cloner au sein du centre de recherche Repetita Iuvant, de façon à pouvoir assurer de façon éternelle la longévité de sa série. Je ne l’ai pas souligné assez, puisque je développerai ce sujet plus tard, mais le personnage de Rat-Man est un peu une tête à claque : égoïste, jaloux, sans morale, il n’est pas précisément celui à qui on a envie de ressembler. Dans ces épisodes, c’est le clone numéro six qui se retrouve sur le devant de la scène. Beaucoup plus sympathique, nous avons juste le temps de nous y attacher, que le vrai Rat-Man, réapparait et décide de mettre fin au programme de clonage, lui étant finalement l’original, le seul méritant vraiment d’être le protagoniste de sa série. Cette saga, qui met d’ailleurs en scène d’autres personnages importants, tels que Janus Valker (je reviendrai sur ce dernier par la suite), s’est déroulée à peu près deux ans après les débuts chez Panini. Une question angoissante se posait certainement à l’auteur : allait-il réussir, maintenant sous contrat et tenu de remplir ses 64 pages tous les deux mois, à faire durer la série, sans finir par se parodier lui-même ? sans cloner indéfiniment son personnage ? Il apparaît qu’il ait lui-même décidé que non, et finalement, le reste de la série prouvera qu’il avait raison.</p>
<p>Deuxième moment de cette trilogie, la réinterprétation des origines de son héros, pour le numéro 14 qui propose deux histoires : une première appelée « Rat-Man 1999 », où le héros est emprisonné au sein de la base Alpha sur la lune, où l’on envoie les personnages subversifs se faire corriger ; une seconde, celle qui est ce véritable deuxième moment, où le protagoniste n’est autre que Leo Ortolani en personne. Ce numéro sortait précisément en septembre 1999, exactement 10 ans après la création du personnage. Cette fois-ci, c’est Leo lui-même, ou en tout cas sa projection auto-fictive, qui revit une version fantasmée de la création du personnage, puis de son succès. On le voit ainsi seul, décrépi et mal rasé, penché sur sa table à dessin, abandonné de tous, continuant à faire vivre son personnage. Quelques pages après, il reçoit une invitation de l’auteur de <em>Lupacchietto</em><a title="" href="/Documents%20and%20Settings/Ineta/Desktop/Rat-Man-ii.doc#_ftn3">[3]</a> à venir le rencontrer. Arrivé chez lui, il trouve un vieil ermite hirsute aux yeux exorbités dessinant sans relâche. Tout en dessinant, luttant, il parvient tout de même à s’adresser au jeune dessinateur en ces mots : « <em>Elle</em> nous utilise ! la monstruosité qui vit de l’autre côté de la feuille ! Elle a… déposé ses immondes œufs dans notre esprit fertile… et nous sommes pris dans ses fils… Nous les avons fait naître… nous les avons nourri avec notre vie même ! Petit à petit <em>ils</em> grandissent… et à présent, ils n’ont plus besoin de nous ! » Quelques pages encore plus tard et Leo se suicide d’une balle dans la tête, terrifié à l’idée du pouvoir de sa propre création. La scène suivante présente Andrea Plazzi (l’éditeur du magazine, qui en signe tous les éditoriaux)<a title="" href="/Documents%20and%20Settings/Ineta/Desktop/Rat-Man-ii.doc#_ftn4">[4]</a> en pleine interview. Après que le journaliste lui ait demandé s’il n’avait pas peur d’une baisse de qualité dans les travaux de son poulain, en raison de la productivité, Andrea déclare alors : « Nous sommes prêts à publier tout ce qui sortira de sa tête ! » Apprenant la mort de l’auteur, et la façon dont il a procédé, on le voit soudain crier à propos de la cervelle de Leo : « Vite ! Faites des photocopies ! » Deuxième question, donc, après celle de la répétition et du clonage : Leo Ortolani réussira-t-il à continuer à exister pour et par lui-même, sans être dévoré lui aussi par sa créature ?</p>
<p>La réponse à cette question se trouve peut-être dans le troisième moment de cette « trilogie du créateur et de la créature », très exactement dans l’hexalogie courant des numéros 29 à 34 (réédités dans TRM16 à 18), saga importante qui revient sur le passé du héros, sur ses origines, ses parents, son père, le personnage de Janus Valker, la Squadra Segreta, et l’éternelle question de l’existence des super-héros. Dans le numéro 33, « Il Re e io », il rencontre carrément Jack « the King » Kirby en personne, qui lui révèlera de grands secrets sur les <em>comics </em>de super héros et la vie (du genre : « Vois-tu mon garçon… ce que tu as lu dans les bandes dessinées n’est pas tout. C’est seulement un reflet du monde réel »). Chose amusante : tous les évènements de cette hexalogie sont racontés par Rat-Man lui-même, lors d’un voyage en train, durant lequel il partage son compartiment avec un inconnu qui n’est autre que Leo Ortolani. Un des éléments majeurs de cette histoire s’avère être un homme à capuche qui, dans l’ombre, tire les ficelles, dirige plus ou moins le groupe duquel dépendent les ennemis de Rat-Man, groupe qui lui-même est à l’origine de la Squadra Segreta. En définitive, le pauvre garçon a été manipulé depuis le début. Pire, cet homme à capuche, ne cesse de lui mettre des bâtons dans les roues. Contrôlant ainsi tant le héros que ses ennemis. Il faudra attendre la toute fin de l’hexalogie pour avoir le fin mot de l’histoire : après être enfin sorti de la gare, Rat-Man laisse Leo Ortolani, lui lançant un dernier conseil : « Et cherchez-vous un abri, il commence à pleuvoir ! » Le héros disparaît. Puis, Leo, seul, sort quelque chose de son sac : « Ce n’est pas grave, dit-il, j’ai une capuche. » Ici, l’auteur a définitivement reprit le pouvoir. Plus d’inquiétude, laisse-t-il entendre, la créature ne lui échappera pas. Lui, Leo, contrôle tout.</p>
<p><em>Continuité narrative dispersée</em></p>
<p>Enfin, à peu près, puisque pour sa « trilogie manga » (RM72 à 74, dans lesquels sur plusieurs tronçons de ces épisodes Leo prend un style carrément shojo, puis imite Leiji Matsumoto<a title="" href="/Documents%20and%20Settings/Ineta/Desktop/Rat-Man-ii.doc#_ftn5">[5]</a>), l’histoire est cette fois-ci aux mains des personnages, réunis en comité de rédaction, qui vont débattre durant les trois numéros de ce qui serait le mieux pour remplir ces pages. On voit évidemment Andrea Plazzi apparaître une nouvelle fois. Ces constants allers-retours entre la réalité et la fiction donnent un ton très particulier à la série. Un des effets en étant qu’il est assez difficile de démêler (à l’intérieur de la fiction) le vrai du faux. Pour exemple, dans les numéros 70 et 71, Rat-Man, Brakko et Jordan (un autre policier) partent en vacance en Eutanèsia, pays asiatique en guerre constante, où l’on organise des voyages pour touristes, qui, une fois sur place, s’empressent de photographier avec leurs portables les affrontements et les cadavres. L’histoire se déroule avec deux lignes narratives : dans l’une se sont Rat-Man et ses amis en vacances ; dans l’autre la quête guerrière de <a href="http://www.paninicomics.it/web/guest/productDetail?viewItem=31219" target="_blank">Ratto</a>, sorte de Rambo, qui ici, tire dans le tas au nom de Jésus. À la fin de l’histoire, les deux trames se rejoignent, et Rat-Man et Ratto se rencontrent. Pourtant, malgré ça, il semble que Rat-Man et Ratto soient la même personne. Ou l’un l’incarnation de pulsions guerrières de l’autres… mais rien n’est jamais clairement délimité. De sorte que, ce désordre grouillant, avec plusieurs parallèles narratives dans la fiction même, auxquelles s’ajoutent les renvois à une prétendue réalité, semble au final avoir sa cohésion propre. D’une certaine façon, rien n’est vrai, mais rien n’est faux. On pourrait peut-être résumer cela par ce texte d’introduction, dans l’épisode « Io sono legenda » (RM64) : « La légende est une vision distordue et fantasmée de la réalité. De fait, la légende est un mensonge. Alors pourquoi, tous, sentons-nous le besoin de la raconter aux autres ? »</p>
<p style="text-align:center;"><em>(à suivre&#8230;)</em></p>
<p style="text-align:center;"><em><br />
</em></p>
<div>
<hr align="left" size="1" width="33%" />
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<p><a title="" href="/Documents%20and%20Settings/Ineta/Desktop/Rat-Man-ii.doc#_ftnref1">[1]</a> Spiderman, pour exemple, a eu droit à plus d’une dizaine de séries à son nom, dont certaines sont encore en cours de publication et quelques-unes des réécritures avec variations des origines du héros : <em>The Amazing Spider-Man</em>, <em>The Spectacular Spider-Man</em>, <em>Web of Spider-Man</em>, <em>Marvel Team-Up</em>, <em>Peter Parker : Spider-Man</em>, <em>Friendly Neighbourhood Spider-Man</em>, <em>Marvel Knights Spider-Man</em>, <em>Amazing Spider-Man Family</em>, <em>Marvel Adventures Spider-Man</em>, <em>Spider-Man : Legend of the Spider Clan</em>, <em>Spider-Man : Chapter One</em>, <em>Ultimate Spider-Man</em>, <em>Spider-Man India</em>… ce sans compter la version japonaise, puisque le personnage a eu droit à son manga, les séries dérivées telles que <em>Spider-Man 2099</em>, la version futuriste du héros, ou celles mettant en scène d’autres personnages, avec notamment <em>Venom </em>(un de ses pires ennemis, reconverti en héros bad-boy), <em>Spider</em>-Girl (sa fille) ou <em>Spider-Man Loves Mary Jane</em> (les aventures romancées de l’amoureuse de Peter Parker). Oui, rien que ça.</p>
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<p><a title="" href="/Documents%20and%20Settings/Ineta/Desktop/Rat-Man-ii.doc#_ftnref2">[2]</a> Encore un clin d’œil au même Spider-Man, puisque celui-ci a eu droit à un très long arc narratif où l’on découvrait que le personnage dont on suivait les aventures depuis quelques années n’était autre qu’un clone, le vrai Peter Parker ayant perdu la mémoire et errant anonymement on ne sait où.</p>
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<p><a title="" href="/Documents%20and%20Settings/Ineta/Desktop/Rat-Man-ii.doc#_ftnref3">[3]</a> Évidente référence, pour un italien, à <em><a href="http://www.lupoalberto.it/fast/index.php" target="_blank">Lupo Alberto</a></em>, personnage créé par Guido Silvestri en 1974 et qui a toujours sa revue mensuelle de nos jours, les bandes y étant assurés par de nouveaux auteurs. Il existe en outre de très nombreux recueils et rééditions de toutes sortes et de tous formats.</p>
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<p><a title="" href="/Documents%20and%20Settings/Ineta/Desktop/Rat-Man-ii.doc#_ftnref4">[4]</a> C’est Andrea Plazzi qui, avec Enrico Fornaroli, parla en premier du <em>fumetto</em> autoédité de Rat-Man à Marco M. Lupoi. Il est depuis rédacteur en chef du magazine et Leo lui rend hommage en le faisant apparaître dans les pages de sa BD. L’adaptation animée lui a aussi donné un beau rôle puisqu’il semble qu’il apparaisse de façon systématique dans chacun des épisodes, sous le nom de Mr P.</p>
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<p><a title="" href="/Documents%20and%20Settings/Ineta/Desktop/Rat-Man-ii.doc#_ftnref5">[5]</a> Pour rappel : « shojo » veut dire manga pour jeunes filles, à l’inverse de « shonen », à destination des garçons. Leiji Matsumoto est l’auteur du manga <em>Captain Harlock</em>, connu en France sous le nom d’<em>Albator</em>.</p>
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		<title>Une série d&#8217;auteur</title>
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		<pubDate>Wed, 18 May 2011 08:13:14 +0000</pubDate>
		<dc:creator>colvillepetipont</dc:creator>
				<category><![CDATA[Ô America !]]></category>
		<category><![CDATA[avocats]]></category>
		<category><![CDATA[David E. Kelley]]></category>
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		<description><![CDATA[Aussi attachante qu&#8217;agaçante*, la série** de David E. Kelley mériterait un interminable nombre de commentaires désobligeants : une série idiote de gonzesses en plus, beau mélo dégoulinant, avec des malheurs nombrilistes à la con, puisque, effectivement, on trouve plus hard que d&#8217;être avocat à Boston, portant complets ou tailleurs valant certainement deux ou trois mois [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=gouffreausucre.wordpress.com&amp;blog=22942104&amp;post=88&amp;subd=gouffreausucre&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Aussi attachante qu&#8217;agaçante*, la série** de <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/David_Edward_Kelley" target="_blank">David E. Kelley</a> mériterait un interminable nombre de commentaires désobligeants : une série idiote de gonzesses en plus, beau mélo dégoulinant, avec des malheurs nombrilistes à la con, puisque, effectivement, on trouve plus hard que d&#8217;être avocat à Boston, portant complets ou tailleurs valant certainement deux ou trois mois de mon salaire&#8230; Tout ça, sans parler de la musique entêtante et incessante de <a href="http://vondashepard.com/" target="_blank">Vonda Sheppard</a>, cette chère Vonda.<br />
Pourtant, <em>Ally Mc Beal</em> mérite qu&#8217;on s&#8217;y arrête, à plus d&#8217;un titre.</p>
<p>Première chose capitale, qui a pour sûr fait le succès de la série, ce sont ses personnages secondaires. Parce que oui, Ally Mc Beal, on en est amoureux, disons au début, les trois premiers épisodes, puis on a un peu envie de lui foutre des claques et/ou des coups de pieds au cul tout le reste de la série. Mais reste cette étonnante brochette de seconds rôles (eux aussi aussi attachants qu&#8217;agaçants), qui feront qu&#8217;on suivra la série de bout en bout, en voulant savoir ce qui va leur arriver, bien que plusieurs fois, au bord de tout lâcher. Ils incarnent chacun, disons, les travers et névroses contemporaines : l&#8217;addiction sexuelle, le besoin de reconnaissance, les rêves de prince charmant et d&#8217;âme soeur, l&#8217;égocentrisme et/ou le narcissisme, l&#8217;espoir fou même si désuet en certaines valeurs, le capitalisme assumé (même si désespéré), les angoisses et phobies de toutes sortes&#8230; En disant ça plus simplement : ils sont tous fous. C&#8217;est non seulement plutôt poilant, mais c&#8217;est surtout sur quoi repose la dynamique de toute la série, avec pour principal résultat bon nombre de situations &#8220;cocasses-slash-déjantées&#8221;***, et toujours psycho-sociologiquement marquantes. En tout cas, toujours prenantes, puisque, fatalement, au mieux l&#8217;identification fait mouche, et au pire, on se marre bien, comme &#8211; d&#8217;une certaine façon &#8211; on peut le faire avec les personnages névrosés de Woody Allen.</p>
<p>Reste, qu&#8217;évidemment, vu de chez nous (c&#8217;est à dire pour ma part, dans la banlieue parisienne, clairement dans le quartier pauvre), ces histoires d&#8217;avocats friqués, ça fait un peu grincer des dents. Pire du pire : on s&#8217;attache beaucoup, par exemple, au personnage de John Cage (rien à voir avec l&#8217;autre <a href="http://www.centrepompidou.fr/education/ressources/ENS-cage/ENS-cage.html" target="_blank">John Cage</a>), touchant par sa maladresse, préférant vivre des histoires d&#8217;amour à sens unique et à distance plutôt que de risquer de se faire rembarrer&#8230; Malheureusement, quand celui-ci se fait le chantre de Noël (et/ou de toute autre fête ou valeur à la lilmite de la bondieuserie), soit disant la fête de l&#8217;amour et de la solidarité, et ce à grand renfort de violons et petit piano mélancoliques, avec grandes tirades dégoulinantes, on a un peu envie de sortir le DVD du lecteur pour l&#8217;envoyer valdinguer vite fait contre un mur. Au final, on préférera son confrère, Richard Fish, genre de petit garçon capricieux et désemparé, dont la morale se résume à : &#8220;Sexe, fric, fric et encore du fric&#8221;, ce qui reste au final moins crapuleux quand on encense d&#8217;une certaine façon le capitalisme tel qu&#8217;il est pratiqué de nos jours.</p>
<p>Un peu dans ce même sens, un des intérêts majeurs de la série réside dans les procès, qui &#8211; de manière un peu grossière, certes &#8211; nous interrogent sur notre société. David E. Kelley, le scénariste, qui a été avocat, choisit toujours des sujets un peu délicat. Exemple : une agence de communication renvoie une de ses hôtesses d&#8217;accueil parce qu&#8217;elle est trop grosse (en vérité juste un peu ronde). La morale nous dit que c&#8217;est mal, mais pourtant, il s&#8217;agit d&#8217;une agence de com, pour laquelle l&#8217;image ne peut que primer. Pire : Ally se retrouve à défendre l&#8217;agence, gagnant carrément le procès. Puis découvrant qu&#8217;elle-même a été embauchée entre autre pour son physique. La plupart des procès évoquent toujours ce genre de situations, où l&#8217;on ne sait plus bien comment trancher. Ça titille sur l&#8217;hypocrisie de notre société, sur la bienséance, et les choses qui pourtant sont ce qu&#8217;elles sont. Malheureusement,  ça laisse un peu un goût d&#8217;impuissance. On ne sait donc jamais sur quel pied danser : est-ce une dénonciation des trucs craignos de la société ? Un simple constat désabusé ? Ou est-ce que, à l&#8217;instar d&#8217;un <em>How I Met Your Mother</em>, ça ne légitime pas quelque part tout ça ?</p>
<p>Question constat désabusé, on peut dire que la quête (mal barrée) du prince charmant en prend aussi un coup : ici, c&#8217;est encore une fois à double tranchant. On ne sait jamais trop si la morale est : chacun à son âme soeur qui l&#8217;attend quelque part ; ou bien : laisse tomber les contes de fées, c&#8217;était une blague. De façon certes toujours une peu grossière, la série joue avec cette question, avec les idées que nous mettent dans la tête les films Disney, avec la romance nunuche fleur bleue, avec le sexe aussi&#8230; Au final, de par la réalisation, et l&#8217;insistance (agaçante) sur les rêves d&#8217;Ally ou de ce cher John, on a tendance a toujours plus ou moins rebasculer du côté de l&#8217;héroïne, et de ce rêve bêta. On ne sait pas trop quoi penser par contre, quand, texto, l&#8217;on fait comprendre à un type, bien grand, bien gros, qu&#8217;il ne se tapera pas la jolie Ally, parce qu&#8217;il est gros comme un thon, et que tout ce qu&#8217;il peut attendre de la vie, c&#8217;est de rester avec sa gonzesse, elle aussi bien grasse, même s&#8217;il l&#8217;aime juste un peu. Quand même, le mythe est écorché. Et c&#8217;est une des autres qualités de la série : puisqu&#8217;elle mêle ces questions de rêves et d&#8217;ambitions, de réussite personnelle ou sociale, d&#8217;étique&#8230;  et confronte, même, fait s&#8217;entrechoquer le monde de rêves et des illusions à celui bien réel et souvent pas si drôle qu&#8217;est le notre.</p>
<p>Et cela, il faut bien le souligner, puisque c&#8217;est une des rares série existante que l&#8217;on pourrait qualifier de &#8220;série d&#8217;auteur&#8221;. À la différence de nombreuses séries américaines, écrites par des staffs complets de scénaristes, qui font des réunions pour tester entre eux les gags, <em>Ally Mc Beal</em> (à l&#8217;exception de cinq épisodes maximum) est le travail forcené d&#8217;un seul et unique scénariste, un peu obsessionnel, qui écrit tout de bout en bout. Et, même s&#8217;il n&#8217;a rien réalisé, on sent sa présence, son &#8220;style&#8221; partout, jusque dans le choix &#8211; ô combien tendancieux &#8211; de la présence musicale de Vonda Shepard, ou le casting, qui donne parfois l&#8217;impression qu&#8217;il fait jouer ses amis. Aussi tendancieuse moralement, à la limite d&#8217;une sorte de propagande propre aux séries américaines, <em>Ally Mc Beal </em>a au moins ce mérite d&#8217;être l&#8217;oeuvre d&#8217;un seul homme. Ainsi, si l&#8217;on doit reprocher quelque chose à quelqu&#8217;un, ce sera à celui-ci et à lui seul. Rien que pour ça, ça force quand-même le respect.</p>
<p><a href="http://gouffreausucre.files.wordpress.com/2011/05/allymcbeal1.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-177" title="allymcbeal1" src="http://gouffreausucre.files.wordpress.com/2011/05/allymcbeal1.jpg?w=604" alt=""   /></a></p>
<p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;-</p>
<p>* &#8220;Aussi attachants qu&#8217;agaçants&#8221;, ça sera, je pense, le titre d&#8217;un prochain billet sur les séries américaines.</p>
<p>** Diffusée par la Fox entre 1997 et 2002. Disponible en cinq coffrets DVD.</p>
<p>*** Principal argument de vente, en gros, sur les coffrets DVD.</p>
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