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“Tuez-les, tuez-les, tuez-les tous”

In beyond da joke on May 10, 2011 at 12:16 pm

Il y a de ces séries auxquelles on s’attache particulièrement, mais qu’on ne pourrait pourtant vraiment savoir défendre avec de grands arguments. Ce genre de trucs, dont le seul commentaire vraiment pertinent pourrait presque se résumer ainsi : « putain ! qu’est-ce que c’est con ! » (suivi d’un rire idiot) Pourtant, peut-être parce que l’humour niais réveille un truc en nous, on est parfois assez enclins à devenir drogué à ces conneries. C’est comme ça que je ne décroche plus de The Big Bang Theory, en dépit des nombreux défauts qu’on pourra trouver à la série. C’est comme ça que j’ai suivi du début à la fin les mésaventures de Soichi Negishi alias Krauser II, frontmen de Detroit Metal City.

Maintenant, j’ai quand-même un petit argument de taille, qui fait que pour moi la série dépasse n’importe quelle autre connerie du genre, et qui lui donne, je crois, son importance. C’est ceci : comme vous l’apprendrez dans n’importe quel autre article, Soichi, le héros de l’histoire, a un rêve : devenir chanteur à succès de J-pop sirupeuse, être vêtu à la dernière mode, percer à Paris, « la capitale des arts »… être classe et sensible, en somme. Pourtant il est Krauser II, le maître du métal, grimé ridiculement, et joue une musique bruitiste, aux textes grossiers.
Leitmotiv de la série, Soichi n’arrête pas de répéter que ce n’est pas la musique qu’il veut vraiment jouer. Or, sur scène, il est systématiquement emporté par son personnage, et l’utilise pour déverser ses frustrations et sa rage. Autrement dit : Soichi, le chanteur pop, et Krauser, le démon des enfers, ne sont qu’une seule et même personne. Si le personnage est en lutte perpétuelle avec lui-même, c’est bien qu’au fond, il ne peut choisir. Et son tiraillement vient, lui, plus du poids de conventions sociales interdépendantes des milieux et de leurs règles. Sauf que, nous le savons, aucun être humain n’est prédisposé à entrer de façon optimale dans un cadre précis, imposé par des contingences et de l’arbitraire.
Nous ne sommes pas naturellement nés pour porter du cuir noir, ou mettre notre casquette à l’envers. C’est là l’intérêt principal de DMC, de jouer sur ce tiraillement entre bienséance et pulsion, entre un cadre social et un autre. Et je crois, par ailleurs, que cela est encore plus significatif pour une société telle que le Japon, beaucoup plus rigide et astreignante que la notre, qui l’est déjà pourtant pas mal.

Un peu triste tout de même, maintenant que la série vient de terminer (tome 10 sorti il y a quelques jours), de devoir se rendre à une évidence : aussi vrai que soit mon susdit argument majeur, la série n’est rien de plus que ce qu’elle est. Peut-être l’auteur n’avait-il pas les moyens d’en faire plus. Peut-être les restrictions éditoriales l’ont-elles aussi paralysé dans ce schéma type qui semble avoir fait le succès du titre. Je vais un peu SPOILER ici, mais résumons le « Final track » : après avoir tenté une énième fois de quitter le groupe, Soichi est revenu pour défaire son plus grand rival (comme dans tout shonen, il y a des rivaux, et plus on avance, plus ils sont forts). Il se rend finalement compte qu’il ne pourra jamais arrêter d’être Krauser. Il décide donc – enfin ! – de dévoiler la vérité à sa tendre Yuri.
On aurait pu espérer tout de cette fin : Yuri, dégoûtée par la vérité, aurait définitivement mit fin à son amitié avec Soichi ; de dépit, ce dernier aurait abandonné ses aspirations pop et ce serait enfoncé sombrement dans le métal, Krauser devenant finalement sa véritable identité. Ou bien : Yuri, pleine d’amour, aurait pardonné ; toujours par amour, elle aurait suivi Soichi dans sa carrière, devenant fan nº1, se laissant même violer par Krauser, pourquoi pas sur scène, dans une sorte de sacrifice chrétien épatant (envoyez les doujins !) . Ou encore : finalement s’acceptant tel que lui-même, Soichi aurait trouvé une sorte de tangente, en se transformant en Krauser-Pop, se réalisant entièrement et créant une nouvelle tendance réunissant tout. Mais rien de tout ça. Cet idiot voulant déclarer sa flamme, décide de le faire sous les traits de Krauser. Yuri ne comprend pas qu’ils ne sont qu’un, elle repousse Krauser. Soichi est deg’, il retourne se lâcher sur scène. Puis on finit sur une page reprenant avec quelques changements la toute première de la série, laissant présager une sorte de boucle éternelle, où le mécanisme se répète indéfiniment. Et voilà tout.

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Bonus : ici, l’anime. On conseille aussi l’O.S.T. du film (lui très moyen) qui explose tout.

Radical !

In beyond da joke, dans le texte on May 9, 2011 at 3:05 pm

C’est une drôle d’histoire que j’ai à raconter aujourd’hui (et dont, presque pour sûr tout le monde se foutra). Ça commence comme ça : un jour j’ai la lubie de mettre les pieds dans une librairie japonaise, à Paris (le Book-off métro 4 septembre, pour ceux qui sont dans le coin, les autres, vous ne perdez pas au change, cette putain de ville est trop épuisante). Pour tout dire je cherchais un manga, jamais traduit dans aucune langue, qui m’avais marqué, ado, dans les pages d’un Shonen Jump. Le fameux Tottemo Luckyman ! (qui d’après certains serait peut-être l’oeuvre, sous un autre nom du/de la scénariste de Death Note), un truc avec de ces dessins… tapez donc le nom ci-dessus dans google image, vous verrez bien.
Loin de moi pourtant l’idée de refaire comme quand j’étais mioche et ramener des pavés que je serai bien incapable de lire, puisqu’évidemment je ne décrypte pas le japonais. Et ça c’est capital à savoir pour comprendre pleinement cette histoire, qui n’est en fait pas vraiment une critique, même si oui quand-même un peu. Ayant retrouvé mon camarade (dont j’avais en fait oublié le nom, hein), soulagé de le retrouver et de savoir qui il était, je me mets à faire le tour de la librairie. Pour voir.
Voilà que je tombe sur le rayon des “Wide”, c’est-à-dire une sorte d’équivalent des digest américain : des gros pavés best-of et pas chers, imprimé sur un papier aussi merdique que les magazines jap. Mon regard est attiré par l’épaisse côte de l’un d’entre eux, où se dessinent de grosses têtes bêtasses. La couverture est pleine de ces grosses lettres roses, jaunes, oranges, un vrai trip explosif, propre aux japonais. Voilà-t-y pas que j’ouvre le livre et que bam ! ça s’agite et ça saute aux yeux. Là, s’anime ces drôles de petits personnages, aux expressions grossières et exagérées, tout ça servi par un trait fin, fourmillant de détails, et tout vibrant. Un peu comme si… heu… Jiro Taniguchi avait décidé de plutôt faire un nouveau Kimengumi (Le Collège fou fou fou, en V.O.). Oui, carrément.

Sur un coup de tête et de coeur, je décide d’emporter le pavé avec moi (plus de 600 pages), me disant que tout ça avait l’air tellement expressif et visuel, que peut-être j’arriverais à le lire. Et étonnamment, j’ai réussi, sans connaitre le nom d’un seul des personnages, je me suis attaché à eux. Bon, à un moment, je me suis un peu aidé de quatre épisodes de l’animé, sous-titrés par une team locale (allez voir dans wat.tv ou daylymotion), ce qui m’a légèrement éclairé… mais en gros, je me suis enfilé le pavé sans être capable de lire une seule bulle !
Après ça, j’étais in love, ou bien total junky, au choix, et j’ai dû aller en chercher d’autres. Sachez que ça prends de la place dans une bibliothèque. Mais voilà, peut-être est-ce une sorte de conjoncture : la taille des bouquins, le fait que les épisodes y soient republiés dans un désordre total, de devoir se plonger dedans uniquement grâce aux dessins et à l’action, mais ça m’a fait faire une sorte d’exercice mental particulier, comme si j’avais dans les mains tout un univers à déchiffrer, à remettre en ordre pour moi tout seul. Ça débordait et ça me fascinait (et me fascine encore).
Mais pour résumer : il s’agit d’une sorte de croisement entre Kimengumi, Mes voisins les Yamada, du Jiro Taniguchi période L’Homme qui marche (au niveau qualité et finesse du trait), peut-être de Shin Chan aussi. Il y a plusieurs familles, des mioches avec des grosses têtes, de l’humour pipi-caca, des histoires profondément débiles, avec des successions de rebondissements grossiers et poussifs, avec une surenchère incroyable et un abus évident du running gag. Ça en sachant que la série a duré 31 volumes et qu’il y a eu une séquelle qui a dépassé les 25 volumes, ça fait de la formule usée à l’excès, je sais pas comment Kenji s’en sort à inventer encore de nouvelles histoires.
N’empêche, c’est étonnant : consciemment ou non, avec une BD complètement idiote, passe une sorte de message essentiel, qu’on pourrait résumer en citant ces bons vieux Chumbawamba, “I get knock down, but I get upe again, you’ll never gonna keep me down”. Parce que pas un seul des personnages n’y échappe, ils en prennent tous plein la gueule, dans des mésaventures épatantes de looose totale, de vies merdiques et d’échecs cuisants, sans cesse au mauvais endroit au mauvais moment, pas du tout armés pour affronter la vie et ses coups durs, et sacrément pas futés, mais peu importe, ils se relèvent toujours.
Comme s’il y avait dans le fond une sorte de contenu profondément métaphysique. Quelque chose qui trouverait écho en chacun de nous. Enfin, en tout cas en moi, ça l’a fait. Et le tout porté par une qualité narrative et graphique impressionnante pour un truc aussi idiot. En tout cas ça vaut le détour, au moins pour le maître d’école limite SDF (tandis que son ex-femme et sa fille vivent dans une espèce de villa proche du château), qui se rêve en Bruce Lee et possède l’équivalent de la force d’un asticot, ou encore ce mangaka raté (avec un béret, comme Osamu), incapable de dessiner une histoire sans qu’elle vire au gore, et ce, peu importe qu’il soit en train de faire un shojo romantique, ou un simple truc de foot. Et puis ces gosses, ces gosses, toujours la morve au nez, et ces expressions !! Non, vraiment, je m’en remets pas.
(La prochaine fois, je vous raconterai comment je suis devenu méga fan de SHEEP, le groupe qui fait l’opening de l’animé, encore une autre aventure !)

Bonus : go !

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